Parentalité étudiante : l'université ignore les mères
Parentalité étudiante : l'université ignore les mères

Faute de statut officiel, les étudiantes mères sont contraintes de gérer seules la double charge des études et de la parentalité. Selon une enquête de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) publiée en 2024, environ 5 % des étudiants sont parents, soit près de 80 000 personnes, dont une majorité de femmes. Pourtant, les universités françaises ne proposent quasiment aucune mesure spécifique.

Un parcours semé d'embûches

« Les administrations ne savent jamais dans quelle case me mettre : étudiante ou mère », témoigne Camille, 24 ans, mère d’une petite fille de deux ans et inscrite en licence de sociologie à l’université Paris-Nanterre. Elle raconte les difficultés pour obtenir un emploi du temps compatible avec la garde de son enfant, l’absence de crèche universitaire et le regard parfois désapprobateur des enseignants.

L’enquête de l’OVE révèle que 62 % des étudiants parents déclarent avoir subi des conséquences négatives sur leur parcours universitaire, comme des retards dans la validation des semestres ou l’abandon pur et simple de leurs études. Seuls 15 % d’entre eux bénéficient d’aménagements spécifiques, comme des dispenses d’assiduité ou des horaires adaptés.

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Des initiatives isolées et insuffisantes

Certaines universités tentent de répondre à ce besoin. L’université de Lyon 2 a ouvert en 2023 une crèche de 20 places réservées aux étudiants parents, mais les listes d’attente sont longues. À l’université de Strasbourg, un « pack parentalité » offre des aides ponctuelles, comme des chèques garde d’enfants ou des consultations juridiques. Cependant, ces dispositifs restent marginaux.

« Nous manquons de moyens et de volonté politique », déplore Marie-Pierre Lebrun, vice-présidente de l’université de Rennes 2, en charge de la vie étudiante. Elle souligne que la parentalité étudiante n’est pas reconnue comme un critère dans le calcul des bourses ou dans l’attribution des logements universitaires.

Un enjeu de santé mentale et de précarité

La charge mentale pèse lourd. Une étude de la Mutuelle des étudiants (LMDE) indique que 45 % des étudiants parents présentent des symptômes d’anxiété sévère, contre 28 % chez les étudiants sans enfant. Le taux de pauvreté chez les familles étudiantes atteint 38 %, selon le Secours populaire.

« On ne peut pas être une bonne mère et une bonne étudiante sans soutien », résume Aïcha, 27 ans, en master de droit à l’université de Bordeaux, qui a dû prendre une année de césure pour s’occuper de son fils. Elle réclame la création d’un statut d’« étudiant parent », avec des droits spécifiques : priorité dans les logements, bourses majorées, accès facilité aux crèches.

Vers une prise de conscience tardive

Sous la pression d’associations comme « Maman Étudiante » ou « Parentalité & Université », le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé en 2025 une mission de réflexion. Un rapport remis en mars 2026 préconise de généraliser les « référents parentalité » dans chaque université et d’intégrer la parentalité dans les critères d’attribution des bourses. Mais les associations jugent ces mesures timides.

« Il faut un plan national, pas des rustines », insiste Sarah Dufour, porte-parole de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). Elle rappelle que la France compte 1,5 million d’étudiants, et que les parents représentent une minorité invisible mais grandissante. « L’université doit s’adapter à la réalité des vies étudiantes, pas l’inverse. »

En attendant, les mères étudiantes continuent de jongler, souvent au prix de leur santé et de leur réussite académique. Comme le dit Camille : « Je suis fière d’être en licence, mais chaque jour est une course d’obstacles. »

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