La mortalité périnatale continue d'augmenter en France. Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 7 juillet 2025, le taux s'élève à 11 décès pour 1 000 naissances en 2024, contre 10,8 en 2023. Cette hausse, bien que modérée, s'inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs années.
Un indicateur en hausse depuis 2020
La mortalité périnatale regroupe les mort-nés (enfants nés sans vie à partir de 22 semaines d'aménorrhée) et les décès précoces dans la première semaine de vie. Après une baisse historique jusqu'en 2019, le taux a commencé à remonter en 2020, passant de 10,4 à 10,6 pour 1 000 naissances en 2021, puis 10,7 en 2022. L'année 2024 confirme cette progression avec 11 décès pour 1 000 naissances, soit une hausse de 0,2 point par rapport à l'année précédente.
En chiffres absolus, cela représente environ 7 500 décès périnatals en 2024, contre 7 300 en 2023. La Drees précise que cette augmentation est principalement due à une hausse des mort-nés, qui représentent les deux tiers de ces décès.
Des disparités territoriales et sociales
L'étude met en lumière des inégalités marquées selon les régions. Les taux les plus élevés sont observés dans les Hauts-de-France (12,3 pour 1 000) et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (12,1), tandis que les Pays de la Loire (9,8) et la Bretagne (9,9) présentent les taux les plus bas. Ces écarts reflètent des différences d'accès aux soins et de précarité sociale.
Par ailleurs, l'âge maternel reste un facteur déterminant : les femmes de plus de 40 ans ont un risque de mortalité périnatale deux fois plus élevé que celles de moins de 30 ans. Les grossesses multiples sont également plus à risque, avec un taux de 25 pour 1 000 naissances.
Les causes de cette hausse
Plusieurs hypothèses sont avancées par les chercheurs pour expliquer cette tendance. L'augmentation de l'âge maternel moyen, qui est passé de 29,5 ans en 2010 à 31 ans en 2024, joue un rôle. De plus, les progrès médicaux permettent de sauver des bébés de plus en plus prématurés, mais ces derniers restent vulnérables. Enfin, certaines études pointent un possible sous-dénombrement antérieur, corrigé par une meilleure déclaration des mort-nés.
Interrogé par Libération, le professeur Pierre-Yves Ancel, épidémiologiste à l'Inserm, estime que « cette hausse est préoccupante et nécessite une analyse approfondie. Il faut renforcer la surveillance des grossesses à risque et améliorer la coordination entre les maternités et les services de néonatalogie. »
Des conséquences sur les politiques de santé
Cette augmentation intervient dans un contexte de restructuration des maternités, avec la fermeture de nombreux petits établissements. Selon la Drees, le nombre de maternités est passé de 540 en 2010 à 450 en 2024, ce qui peut allonger les délais de prise en charge pour certaines femmes.
Le ministère de la Santé a annoncé en réponse le déploiement d'un plan périnatalité 2025-2030, doté de 100 millions d'euros, visant à améliorer le suivi des grossesses à risque et à former davantage de sages-femmes. Cependant, les associations de patients jugent ces mesures insuffisantes. « Il faut un choc de prévention et un accès équitable aux soins sur tout le territoire », déclare Marie-José Augé, présidente de l'Association pour la santé périnatale.
Comparaison européenne
Avec un taux de 11 pour 1 000 naissances, la France se situe dans la moyenne haute des pays européens. La Suède affiche un taux de 8,5, tandis que la Roumanie culmine à 14. La France est devancée par des pays comme l'Espagne (9,2) ou l'Allemagne (9,8). Ces écarts s'expliquent en partie par des différences de définition et de déclaration, mais aussi par des politiques de santé publique plus ou moins efficaces.
La Drees souligne que la hausse observée en France n'est pas isolée : plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et l'Italie, ont également enregistré une augmentation de leur mortalité périnatale ces dernières années. Ce phénomène pourrait être lié à l'augmentation des facteurs de risque comme l'obésité maternelle et le diabète gestationnel.



