L'AFNOR standardise les fariboles pseudo-médicales
AFNOR standardise les fariboles pseudo-médicales

L'Association française de normalisation (AFNOR) a récemment publié une norme visant à standardiser les pratiques dites « pseudo-médicales », une décision qui a provoqué une vive controverse dans le milieu scientifique et médical. Cette norme, intitulée « NF S 96-900 », a pour objectif apparent d'encadrer des disciplines comme la naturopathie, l'iridologie ou encore la réflexologie, en leur offrant un cadre de qualité et de sécurité. Cependant, de nombreux médecins et chercheurs dénoncent une légitimation de méthodes non fondées scientifiquement.

Une norme contestée dès sa publication

La norme NF S 96-900 a été élaborée par un groupe de travail composé de représentants de ces disciplines, ainsi que de quelques experts en normalisation. Selon l'AFNOR, elle vise à « définir les exigences de qualité pour les prestations de services en pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique ». Concrètement, elle établit des critères pour la formation des praticiens, la déontologie et la relation avec les clients. L'AFNOR affirme que cette norme n'a pas pour but de valider l'efficacité thérapeutique de ces pratiques, mais simplement d'harmoniser leur offre.

Pourtant, pour le Pr Jean-Paul Vernant, président du Conseil scientifique de l'Association pour l'information scientifique (AFIS), « cette norme est une aberration. Elle donne un label de qualité à des pratiques qui n'ont aucune preuve d'efficacité, voire qui peuvent être dangereuses ». Il ajoute que « standardiser des fariboles ne les rend pas plus sérieuses, cela les rend simplement plus crédibles aux yeux du public ».

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Les critiques des scientifiques

Les critiques fusent de toutes parts. Le Collectif de défense de la médecine factuelle (CDMF) a publié un communiqué dénonçant une « dérive inquiétante » et appelant les pouvoirs publics à ne pas reconnaître cette norme. Selon le collectif, « en normalisant des pratiques non validées, l'AFNOR crée une confusion dangereuse entre ce qui relève de la médecine fondée sur les preuves et ce qui n'est que croyance ou charlatanisme ».

De son côté, l'Académie nationale de médecine a également réagi, rappelant dans un avis que « seules les méthodes ayant démontré leur efficacité par des études cliniques rigoureuses peuvent prétendre à un encadrement normatif ». Elle estime que cette norme pourrait « induire le public en erreur en laissant croire que ces pratiques sont reconnues par les autorités sanitaires ».

Une réponse de l'AFNOR

Interrogée par nos soins, l'AFNOR se défend. « Notre rôle est de répondre aux demandes des acteurs économiques et sociaux. Il existe une forte demande de la part des praticiens de ces disciplines pour un cadre structurant, et notre norme ne se prononce pas sur l'efficacité médicale », explique un porte-parole. L'AFNOR précise que la norme a été élaborée selon une procédure consensuelle et qu'elle est ouverte à tous. « Nous ne faisons que standardiser des pratiques existantes, sans prendre parti sur leur validité scientifique. »

Des précédents inquiétants

Ce n'est pas la première fois que l'AFNOR est critiquée pour ce type de normes. En 2018, elle avait déjà publié une norme sur la « médecine traditionnelle chinoise », ce qui avait suscité des remous. Selon le Dr Mathieu Rousset, membre du CDMF, « à chaque fois, c'est la même logique : on donne une caution officielle à des pratiques qui n'ont aucune base scientifique, sous prétexte de répondre à une demande sociale. C'est un dangereux précédent ».

En France, on estime que près de 40 % de la population a déjà eu recours à une pratique non conventionnelle, selon une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Ce chiffre illustre l'ampleur du phénomène et l'enjeu que représente cette norme.

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

Pour le consommateur, cette norme pourrait avoir un effet paradoxal. D'un côté, elle offre un gage de sérieux apparent, avec des critères de formation et de déontologie. De l'autre, elle risque de brouiller la frontière entre médecine conventionnelle et pratiques alternatives. « Un patient pourrait croire qu'un praticien certifié AFNOR est aussi fiable qu'un médecin, ce qui est totalement faux », avertit le Pr Vernant.

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L'AFNOR, de son côté, insiste sur le fait que la norme n'est pas un label de qualité médicale, mais un outil de structuration du marché. « Nous ne sommes pas une autorité sanitaire, nous ne nous prononçons pas sur l'efficacité thérapeutique », répète le porte-parole.

Un débat qui ne fait que commencer

Alors que la norme est en vigueur depuis le 1er janvier 2022, le débat est loin d'être clos. Plusieurs associations de patients et de consommateurs ont saisi la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour demander un retrait de la norme. De leur côté, les professionnels des disciplines concernées se félicitent de cette reconnaissance, qu'ils jugent nécessaire pour lutter contre les dérives.

Le gouvernement, par la voix du ministère de la Santé, a indiqué suivre le dossier avec attention, sans pour l'instant prendre position. « Nous sommes conscients des enjeux, mais nous devons respecter le processus de normalisation qui est indépendant », a déclaré un conseiller. En attendant, la norme NF S 96-900 continue de faire débat, illustrant les tensions entre demande sociale, liberté d'entreprendre et protection de la santé publique.