Réforme du RSA : le regard des acteurs de terrain
La réforme du revenu de solidarité active (RSA), mise en place progressivement depuis 2023, suscite de vives réactions parmi les agents chargés de son application. Un rapport interne, consulté par Le Monde, révèle des disparités de traitement importantes, des critères jugés subjectifs et l'émergence d'un système à deux vitesses.
Des disparités territoriales marquées
Selon le document, les modalités d'accompagnement des bénéficiaires varient considérablement d'un département à l'autre. Certains territoires appliquent des critères stricts, tandis que d'autres adoptent une approche plus souple. Cette hétérogénéité crée une inégalité de traitement entre les allocataires, selon leur lieu de résidence.
Les agents interrogés pointent également du doigt la subjectivité des notions utilisées dans l'évaluation des bénéficiaires. Par exemple, la notion d'« engagement réciproque » est interprétée différemment selon les conseillers, ce qui conduit à des décisions parfois contradictoires.
Un système à deux vitesses
Le rapport met en lumière l'émergence d'un système à deux vitesses : d'un côté, les bénéficiaires jugés « proches de l'emploi » bénéficient d'un accompagnement renforcé ; de l'autre, ceux considérés comme « éloignés de l'emploi » se voient proposer des mesures moins intensives, voire aucune. Cette segmentation est perçue comme une forme de tri social par les agents.
Par ailleurs, la charge de travail des conseillers a augmenté de manière significative, sans moyens supplémentaires. Beaucoup déplorent un manque de formation et des outils informatiques inadaptés, ce qui nuit à la qualité de l'accompagnement.
Des pistes d'amélioration
Face à ces constats, le rapport formule plusieurs recommandations : harmoniser les pratiques entre les départements, clarifier les critères d'évaluation, renforcer la formation des agents et allouer des ressources supplémentaires. Il préconise également de mieux prendre en compte la diversité des situations des bénéficiaires.
La réforme du RSA, qui vise à conditionner le versement de l'allocation à des heures d'activité, est au cœur des débats politiques. Pour les agents de terrain, elle se heurte à la réalité complexe des parcours des allocataires.



