Carburant cher : ces Français qui réduisent leur consommation
Carburant cher : ces Français réduisent leur consommation

L'adage est bien connu : en France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées. Et la réalité fondée sur les chiffres est la suivante : dans l'Hexagone, on consomme moins de pétrole. La consommation de carburants, qui avait déjà diminué de 11 % en avril, a chuté de 14 % du 1er au 20 mai par rapport à la même période l'an passé, du fait notamment de la hausse des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a indiqué en fin de semaine le ministère de l'Économie.

« Les Françaises et les Français conduisent un peu moins, ils font du covoiturage, peut-être qu'ils font un peu plus de télétravail », expliquait son locataire, Roland Lescure, alors que le gouvernement a annoncé jeudi de nouvelles aides ciblées, à hauteur de 710 millions d'euros.

« Mon pass me fait tout le mois ! »

À Paris et dans la banlieue sud, faire le plein devient en effet un moment redouté. Au E. Leclerc du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), le sans-plomb 95 et le gazole dépassent les deux euros le litre. Gérard, venu remplir le réservoir, confie surveiller ses dépenses depuis longtemps. « Avec une petite retraite, on fait triplement attention en ce moment, souligne le retraité. Quand on voit la facture, ça fait mal. »

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Pistolet d'essence à la main et tenue d'été, Lionel, employé bancaire, réfléchit « désormais davantage à l'utilité de prendre la voiture ». Résident à Poissy (Yvelines) avec un travail à Nanterre (Hauts-de-Seine), il envisage plus souvent les transports en commun pour « consommer encore moins ».

Lionel est loin d'être le seul, même si Île-de-France Mobilités (IDFM) ne dispose pas encore de chiffres de fréquentation sur les deux derniers mois. Hélène, croisée à la gare de Rueil-Ville (Hauts-de-Seine), fait partie des convertis. « Un passe Navigo mensuel me coûte 90 euros (90,80 euros précisément pour cinq zones), plus ou moins le prix d'un plein d'essence, mais mon passe, lui, me fait tout le mois », insiste-t-elle.

Au TotalEnergies d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), certains automobilistes ne mettent plus que dix euros de carburant. Sabrina, Parisienne, privilégie désormais la marche et le bus : « J'allais au travail en voiture tous les jours. Maintenant, je ne la prends presque plus. » D'autres n'ont pas le choix et subissent, comme Nait, agent de sécurité. De Clamart (Hauts-de-Seine) où il habite jusqu'à Paris, il dépense jusqu'à 250 euros de gazole par mois. « En terminant à 1 heure du matin, la voiture reste obligatoire », lâche-t-il.

« Certains conducteurs font des mélanges »

Certains ont leurs « combines » pour économiser des sous. Porte d'Italie, dans le sud de Paris, les automobilistes patientent devant la station TotalEnergies, où le litre d'essence atteint 1,99 euro et le gazole 2,27 euros. En faisant son plein, Rami assure ne pas avoir réduit sa consommation malgré la flambée des prix. En revanche, ce convoyeur automobile utilise une méthode risquée pour diminuer la facture : « Je mets de l'éthanol dans ma voiture alors qu'elle n'est pas équipée pour. Avant, je ne le faisais pas. »

Sa recette : « Mettre au maximum 30 % d'éthanol, puis 70 % d'essence », une pratique déconseillée qu'il justifie par « la perte de pouvoir d'achat ». Le superéthanol E85 s'affichait, en moyenne, à 0,83 euro le litre la semaine passée. C'est plus de deux fois moins cher que le diesel et le sans-plomb 95-E10. « Certains conducteurs font des mélanges, nous le savons, nous les avons surnommés les chimistes, confie le porte-parole d'un grand réseau de stations essence. Le cocktail classique, c'est un demi-plein en SP95-E10, et le demi-plein restant en superéthanol E85. »

« Le carburant qui coûte le moins, c'est encore celui que l'on ne consomme pas, ou qu'on partage », glisse Christophe, un col blanc du secteur bancaire qui alterne entre télétravail et covoiturage, de plus en plus prisé. « Nous constatons une hausse des réservations sur nos services, nous indique IDFM. 1 million de trajets fin avril contre 380 000 au 14 février sur le covoiturage régional, et une hausse de 15 % au premier trimestre sur le covoiturage en ligne par rapport au dernier trimestre 2025. »

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Un « virage écologique » grâce au vélo

Le coût des carburants se mesure ainsi désormais (douloureusement) en euros, mais aussi en kilomètres non parcourus, en trajets partagés et en habitudes réinventées. La bicyclette est aussi de plus en plus prisée. Le Tour de France n'a pas commencé mais le vélo est déjà très à la mode.

IDFM enregistre ainsi « une hausse de plus de 30 % des abonnements sur les vélos électriques du service Véligo aux mois de mars et d'avril. » Et sur les quatre premiers mois de l'année, la fréquentation vélo dans l'Hexagone progresse de 5 %, selon Réseau vélo, qui regroupe plus de 450 collectivités.

Le phénomène est particulièrement sensible dans la région lyonnaise, où les trois quarts des habitants résident à moins de 10 minutes d'une voie cyclable, grand chantier des élus écologistes qui ont aménagé 260 km de pistes entre 2021 et 2026. À Chaponost, commune de l'ouest lyonnais, Benjamin utilise quasiment quotidiennement son deux-roues pour se rendre au bureau dans le quartier de Vaise à Lyon : 22 km aller-retour. Ce commercial a pourtant une voiture de fonction. « À chaque fois que je fais le plein, c'est 90 euros. Le coût n'est pas nul. Même si je suis remboursé le mois suivant, il faut sortir l'argent. »

Marie et Rémi, un couple d'habitants du village, ne lâchent plus leurs vélos : « C'est incroyable comme ça change l'humeur ! Tu arrives au boulot, tu es détendu. » Aurélie, qui travaille en Presqu'île, une partie de la ville de Lyon, est peut-être celle qui pédale le plus : « On peut vivre sans voiture dans l'agglomération lyonnaise, ultra-embouteillée aux heures de pointe, soit en utilisant les transports à disposition, soit en louant des voitures partagées ou un vélo électrique. J'ai fait un virage écologique. »