Good Omens : un final émouvant malgré les polémiques
Good Omens : un final émouvant malgré les polémiques

À peine plus d’une heure et demie et puis s’en va : le mercredi 13 mai, Prime Video mettait en ligne la dernière saison d’une des séries les plus attachantes de ces dernières années, réduite à la portion congrue, en l’occurrence à un unique épisode final. Voilà qui est bien insuffisant pour quitter en beauté deux personnages aussi mémorables que l’ange Aziraphale (Michael Sheen, Masters of Sex) et le démon Rampa (David Tennant, Doctor Who, Broadchurch, Rivals, etc.).

La faute, non à un public absent, un diffuseur frileux ou des critiques assassines, mais à l’un de ses créateurs, le romancier et scénariste Neil Gaiman, confronté depuis 2024 à des accusations de violences sexuelles d’une gravité rare. Sa mise à l’écart immédiate de la production de Good Omens n’a, hélas, pas suffi pour que la série puisse lui survivre. Mais, s’il n’est pas toujours facile, ni souhaitable, de séparer l’œuvre de l’artiste, évacuer d’un simple revers de main une production comme Good Omens, d’ailleurs largement collective, ce serait, à notre avis, non seulement jeter le bébé avec l’eau du bain, mais aussi se priver d’un sacré bonheur sériel.

Une série emmenée par deux acteurs d’exception

Rappelons-le si jamais vous étiez passé à côté des deux premières saisons : Good Omens, c’est avant tout un livre, De bons présages (traduit en français en 1995 chez J’ai Lu), co-écrit au milieu des années 80 par Gaiman avec le génial Terry Pratchett, alors au sommet du Disque-Monde, avec tout l’humour, souvent noir et teinté de critique sociale, qu’on lui connaît.

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La première saison de Good Omens en est une bonne adaptation, mais prend tout son sel avec la rencontre explosive de deux acteurs : Michael Sheen en Aziraphale, ange vivant sur Terre sous l’apparence d’un tranquille libraire londonien, amateur de musique classique et de five o’clock tea, et David Tennant en Rampa (ou Crawley en V.O.), démon exilé parmi les humains, qui n’aime rien tant qu’écouter du Queen en roulant beaucoup trop vite au volant de sa Bentley.

Leur alchimie est telle, à l’écran comme à la ville, qu’ils ont poursuivi leur numéro de duettiste pendant la pandémie de Covid dans une série peu banale : Staged, où ils interprètent deux acteurs essayant de travailler à une pièce en visioconférence pendant le confinement… et perdant peu à peu les pédales. Dans Good Omens, ils épousent leurs rôles avec une telle perfection qu’ils éclipsent en grande part le reste du casting, pourtant souvent remarquable (Jon Hamm en tête).

Lorsqu’il s’est agi de dépasser l’intrigue du roman pour écrire une deuxième saison, les scénaristes de Good Omens ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : c’est la relation entre Rampa et Aziraphale, leurs rapports à la foi diamétralement opposés, mais leur amour commun de l’humanité, qui prend le pas sur une histoire un peu prétexte. Ce n’est pas un hasard si les meilleurs moments de cette saison sont une série de flash-back drôles et souvent émouvants, mettant en scène les deux compères dans des revisites d’épisodes bibliques ou historiques qui font lentement évoluer leur complicité à travers ce qui les sépare (leur rapport à Dieu et à l’autorité) comme ce qui les réunit (leur rapport à l’humanité).

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Un épisode final qui condense une troisième saison tronquée

Que reste-t-il du scénario original de la troisième saison projetée au départ dans cet épisode final touchant ? Sans doute beaucoup trop peu de choses pour ne pas être bancal et un peu frustrant… On devine que l’intrigue autour de la nouvelle menace pesant sur les « employés » du Paradis, qui disparaissent les uns après les autres alors qu’approche la Fin des Temps programmée, était plus développée. Ici, elle file tellement à grande vitesse qu’on n’a pas vraiment le temps de s’en préoccuper, simple prétexte pour réunir une dernière fois Rampa et Aziraphale, l’important étant de toute évidence les personnages, leurs dialogues et leurs interactions. Il nous manque du temps pour nous attacher aux figures secondaires, à commencer par un Jésus-Christ un peu paumé qui multiplie les pizzas pour annoncer tant bien que mal la Parole aux habitants de Soho.

Mais, une fois l’intrigue expédiée en quatrième vitesse, reste une demi-heure, et celle-ci est magnifique. Pour l’essentiel un huis clos qui met en paroles des choix profonds et, pour certains, déchirants, avec en plus un petit « twist » scénaristique pas désagréable. C’est de toute évidence la fin prévue pour la série dans son ensemble, et elle n’est pas sans rappeler les plus grands moments des meilleurs épisodes de Doctor Who.

Comme avec les flash-back de la saison 2, Good Omens n’est jamais meilleure que lorsqu’elle assume sa condition de fable, voire de parabole, d’histoire qui, au-delà du pur divertissement, raconte avec simplicité quelque chose de l’humain, du rapport à la foi, à la mort et à l’amour : de grands mots abstraits, bien sûr, mais incarnés ici avec clarté et une force rare. Que les dernières minutes de l’épisode se laissent aller à un peu de sentimentalisme, ce n’est pas bien grave, car Rampa et Aziraphale le méritent.

Le clin d’œil à Terry Pratchett, que l’on devine dans un portrait accroché au mur d’un pub, va lui aussi droit au cœur. Jamais totalement satisfaisante jusque-là, Good Omens se termine ainsi sur une note frôlant la perfection, émouvante, simple et profonde à la fois. Preuve s’il en fallait qu’une œuvre peut dépasser de très loin les qualités humaines de son créateur. Plus exactement : d’un parmi ses créateurs.