Le gendre de Trump, maître des négociations internationales sensibles
Qui dirige réellement les discussions les plus cruciales de l'administration Trump avec l'Iran et d'autres puissances mondiales ? Si les noms du vice-président J. D. Vance, du secrétaire d'État Marco Rubio ou de l'envoyé spécial Steve Witkoff sont évoqués, c'est pourtant Jared Kushner, le gendre du président, qui occupe la position la plus influente. Bien qu'il n'occupe plus de bureau officiel dans l'aile ouest de la Maison Blanche et ne dispose d'aucun fonctionnaire à son service, cet investisseur de 45 ans est devenu l'homme de confiance pour les dossiers explosifs : cessez-le-feu à Gaza, guerre en Ukraine, Conseil de la paix.
Une diplomatie familiale et disruptive
Donald Trump gère les affaires étrangères comme une entreprise familiale, selon un diplomate. Le président préfère s'entourer de proches venus du monde des affaires plutôt que des hauts fonctionnaires traditionnels. C'est ainsi qu'il a nommé ses amis de l'immobilier new-yorkais Tom Barrack et Steve Witkoff comme envoyés spéciaux, et propulsé Massad Boulos, beau-père de sa fille Tiffany, conseiller senior pour l'Afrique et le monde arabe. Mais c'est à Jared Kushner que reviennent les négociations à haut risque.
Le titre d'envoyé spécial pour la paix, créé sur mesure par Trump, présente un avantage crucial : il n'a pas besoin de validation du Sénat, contrairement à celui de secrétaire d'État. Kushner ne rend donc de comptes qu'à son beau-père et peut poursuivre ses activités d'investisseur à la tête de sa société Affinity Partners.
Une méthode qui déroute les chancelleries
Le style de Jared Kushner détonne dans le monde diplomatique. Il multiplie les visioconférences depuis sa villa de l'île privée d'Indian Creek à Miami, un bunker pour milliardaires où ses voisins sont Jeff Bezos, Mark Zuckerberg ou David Guetta. Quand nécessaire, il se déplace en jet pour des entretiens directs. Certains vétérans des chancelleries occidentales critiquent cette approche, qualifiant son plan de paix pour l'Ukraine de rédigé à la hâte sous la dictée du Kremlin.
Pourtant, la méthode disruptive de Kushner a déjà porté ses fruits. Les accords d'Abraham, qui ont normalisé les relations d'Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, sont considérés comme un succès majeur à son actif. Il a su jouer de ses liens personnels dans le Golfe et de la proximité historique de sa famille avec Benyamin Netanyahou.
Des conflits d'intérêts préoccupants
L'influence de Jared Kushner soulève cependant de sérieuses questions éthiques. Sa fortune personnelle est estimée à 1 milliard de dollars par Forbes, et ses affaires semblent parfois s'entremêler avec ses missions diplomatiques. Sa société Affinity Partners a reçu un investissement de 2 milliards de dollars du fonds souverain d'Arabie saoudite peu après son départ de la Maison Blanche en 2021. En septembre 2025, il a participé au rachat record de l'éditeur de jeux vidéo Electronic Arts pour 55 milliards de dollars, toujours avec la participation du fonds saoudien.
Ces connexions posent problème lors des négociations. Les négociations à Mascate entre les représentants du régime iranien et le duo Kushner-Witkoff ont renvoyé une image terrible, car ces deux-là ont des intérêts immobiliers avec le sultanat d'Oman, relève un diplomate. Ils ont également des investissements en Israël et au Qatar, alors que les relations entre ces deux pays se sont tendues.
Une famille aux multiples visages
La famille Kushner présente des facettes contrastées. Le père de Jared, Charles Kushner, est ambassadeur des États-Unis en France depuis 2025. Ancien promoteur immobilier condamné pour fraude fiscale en 2005, il multiplie les déclarations fracassantes et les rencontres avec des personnalités politiques françaises de droite. Son style direct l'a parfois mis en porte-à-faux avec l'Élysée.
Le frère cadet de Jared, Joshua Kushner, est quant à lui un investisseur prodige de la tech, avec une fortune estimée à 5,2 milliards de dollars. Il a été parmi les premiers investisseurs dans Instagram et OpenAI, et a cofondé Oscar Health. Contrairement à son frère, il reste fidèle au Parti démocrate, et son épouse, la mannequin Karlie Kloss, a manifesté contre Donald Trump.
Malgré les critiques et les accusations de népotisme, Jared Kushner reste intouchable au sein du premier cercle trumpien. Ils sont intouchables, un peu comme des héritiers d'une famille royale, estime une source proche. Dans une administration où les serviteurs de l'État traditionnels ont été écartés, le gendre du président continue d'incarner une diplomatie parallèle, mêlant relations personnelles, affaires et pouvoir, avec une influence qui dépasse souvent celle des diplomates de carrière.



