Le ministre des Affaires étrangères en tournée économique à Montpellier
En visite à Montpellier ce vendredi 17 avril, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a consacré sa journée à rencontrer les acteurs économiques de la région Occitanie. Lors d'un échange à la chambre de commerce et d'industrie, il a immédiatement posé le cadre de son intervention : "La diplomatie n'est pas seulement la relation entre les États, c'est un levier au service de nos entreprises", a-t-il déclaré, soulignant l'impact direct des désordres internationaux sur la vie des entreprises françaises.
Un contexte international complexe
Le ministre n'a pas éludé les défis géopolitiques actuels, évoquant d'entrée le blocage d'Ormuz et le conflit en Ukraine. Pourtant, il a insisté sur le rôle crucial que les entreprises doivent jouer dans la construction d'alternatives internationales : "Ce n'est pas que le Quai d'Orsay qui va la bâtir", a-t-il affirmé, citant en exemple l'accord récent avec l'Inde qui ouvre de nouvelles opportunités commerciales en réduisant des droits de douane pouvant atteindre 200%.
André Deljarry, président de la CCI de l'Hérault, a présenté les chiffres clés des échanges commerciaux de la région : 53 milliards d'euros d'exportations en 2025, principalement portées par l'aéronautique, contre 39 milliards d'importations. Les destinations principales incluent le Moyen-Orient (10 milliards d'exportations), l'Ukraine (44 milliards), les États-Unis (4 milliards) et la Russie (33 milliards).
Témoignages concrets des entrepreneurs locaux
Mathilde Boulachin, dirigeante de Maison Chavin à Béziers, a illustré la réalité des entreprises tournées vers l'international. Spécialisée dans le vin sans alcool, son entreprise exporte dans 60 pays et réalise 90% de son chiffre d'affaires à l'étranger, avec le Japon et la Scandinavie comme marchés phares. Elle a témoigné de la nécessité de résilience et d'adaptation face à l'accélération des chocs économiques, citant l'exemple des taxes Trump qui peuvent avoir un effet immédiat sur les activités.
Mais elle a aussi pointé du doigt un frein spécifiquement français : "En France, on est les champions du monde de la normalisation". Elle a donné l'exemple de l'étiquetage "Vin sans alcool", impossible en France mais autorisé en Allemagne, permettant à ce dernier pays de devenir leader du marché. "Quand vous facilitez les choses, c'est un accélérateur de business", a-t-elle conclu, appelant à une simplification des réglementations.
Diversité des défis rencontrés
Le ministre a reconnu la justesse de ces observations, évoquant également les barrières sanitaires qui entravent les échanges. D'autres entrepreneurs ont partagé leurs expériences :
- Celia Belline, PDG de CILcare, a souligné que son entreprise, spécialisée dans les solutions innovantes pour l'audition, venait d'ouvrir une filiale au Japon, démontrant que "il est impossible de penser son développement uniquement sur le territoire français".
- Le traiteur Escoffier de Saint-Jean-de-Védas a sollicité l'appui du ministre pour un projet à Rabat dans le cadre de la Coupe du monde 2030.
- L'entreprise Biotope de Mèze s'est dite "un peu seule en Guinée", confrontée à des contrôles fiscaux qu'elle qualifie de "délirants".
- Rémy Groussard, confiseur à Bédarieux, a demandé un soutien pour reprendre le contrôle de Cachou Lajaunie, actuellement détenu par des Néerlandais.
La réponse du ministre
Jean-Noël Barrot a écouté attentivement ces témoignages, prenant des notes tout au long des échanges. Concernant Cachou Lajaunie, il a exprimé son soutien au "retour au pays" de la marque, tout en précisant qu'il ne pouvait pas dicter leur comportement aux entreprises étrangères. Cette journée marathon, qui l'a également conduit à la faculté de droit, l'ICM, le Cirad et la Maison des relations internationales, a confirmé l'importance du lien entre diplomatie et économie pour les entreprises d'Occitanie.



