Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, les groupes français Thales et Renault annoncent la création d'une coentreprise dédiée à la production d'un drone militaire de nouvelle génération, baptisé Toutatis. Cette alliance stratégique vise à renforcer la souveraineté européenne en matière de drones armés, un secteur où l'Europe accuse un retard face aux États-Unis, à la Chine et à la Turquie.
Un partenariat inédit entre un géant de l'électronique et un constructeur automobile
Thales, spécialiste de l'électronique de défense, et Renault, constructeur automobile historique, unissent leurs compétences pour concevoir et fabriquer ce drone tactique. Le projet Toutatis s'appuiera sur l'expertise de Thales en matière de systèmes embarqués, de capteurs et de communications, tandis que Renault apportera son savoir-faire industriel dans la production en série et la gestion de chaînes d'approvisionnement complexes.
Cette collaboration inédite entre un acteur de la défense et un constructeur automobile illustre la volonté de mutualiser les technologies civiles et militaires. Renault, qui cherche à diversifier ses activités face à la transition vers le véhicule électrique, voit dans ce projet une opportunité de valoriser ses capacités de production et d'innovation.
Un drone conçu pour les missions de renseignement et de combat
Le Toutatis sera un drone de taille moyenne, capable d'effectuer des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, mais aussi d'emport d'armements légers. Il pourra décoller et atterrir verticalement, ce qui lui permettra d'opérer depuis des terrains non préparés ou des navires.
La conception du drone mettra l'accent sur l'autonomie, la discrétion et la résistance aux brouillages électroniques. Il pourra évoluer en essaim avec d'autres drones ou être piloté à distance depuis un poste de commandement au sol.
Un enjeu de souveraineté pour la France et l'Europe
Ce projet s'inscrit dans la stratégie de la France visant à se doter d'une capacité de drones armés souveraine, après l'abandon du programme européen Eurodrone et les difficultés rencontrées par le drone nEUROn. Le ministère des Armées a salué cette initiative privée, qui pourrait aboutir à une commande publique à l'horizon 2028.
Pour Thales, ce partenariat permet de consolider sa position sur le marché des drones, face à la concurrence américaine (General Atomics, Boeing) et israélienne (IAI, Elbit Systems). Pour Renault, il s'agit d'un premier pas dans le secteur de la défense, qui pourrait ouvrir la voie à d'autres collaborations avec l'industrie militaire.
Un calendrier ambitieux
Les deux groupes prévoient de finaliser la création de la coentreprise d'ici la fin de l'année 2026. Le premier vol du prototype est attendu pour 2028, avec une mise en production en série à partir de 2030. Le site de production pourrait être implanté en France, dans l'une des usines Renault reconverties, ou dans une nouvelle installation dédiée.
Le budget total du programme est estimé à 2 milliards d'euros, financé à parts égales par Thales et Renault, avec un soutien attendu de l'État français via des aides à l'innovation et des commandes fermes. Le drone Toutatis pourrait également intéresser d'autres pays européens, dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP) de l'Union européenne.
Avec ce projet, Thales et Renault entendent démontrer que l'Europe peut développer des drones militaires compétitifs sans dépendre de technologies étrangères, tout en créant des emplois et en dynamisant l'industrie de défense française.



