Macron et Modi à Beaulieu : plages fermées, commerçants en colère
Macron et Modi à Beaulieu : plages fermées, commerçants râlent

Les hélicoptères, les grosses berlines noires, les gardes du corps ? À Beaulieu-sur-Mer, c’est vu et revu. « On a l’habitude. Ici, c’est presque Monaco », plastronne Fab’, 32 ans, de retour de son jogging. À l’écouter, rien de neuf sous le soleil. Et il aurait bien raison si les plages privées n’étaient pas désertes, si la Baie des fourmis n’était pas dépeuplée de jets ski. À croire qu’il y a des empêcheurs de tourner en rond…

« To go to the beach ? Non, la plage est fermée »

« C’est la faute à Macron et à l’Indien », dégaine Henri, un brin bourru, sirotant son mauresque en terrasse. « Le président Emmanuel Macron et le premier ministre de l’Inde Narendra Modi sont là. Ils étaient à Nice [pour le salon Bharat Innovates]. Mais la visite diplomatique continue ici », reformule sa femme, Hélène, à l’égard de touristes américains surpris du nombre de CRS. Au bout de la rue, Mike, Betty et leurs trois enfants seront refoulés par un french gendarme, s’improvisant guide touristique : « To go to the beach ? Non, la plage est fermée. » Un collègue de la police municipale, en local avisé, redirige vers Saint-Cap-Ferrat.

Pas indemnisés, les professionnels râlent

Il faudra faire une croix sur la Villa Kérylos. Dans une salle aménagée pour l’occasion, les chefs d’État doivent discuter grands projets et gros sous : des annonces de partenariats franco-indiens sont attendues. Pas de quoi consoler les professionnels du tourisme : leurs plages fermées, des dizaines de réservations ont été annulées.

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« Fermer un dimanche de juin, ça fait mal »

« Il y a deux jours seulement, les gendarmes nous ont dit qu’on ne pourrait pas sortir les bateaux et que personne aurait le droit de se baigner. Fermer un dimanche de juin, ça fait mal, surtout qu’on aura aucune indemnisation », grince Daisy Rogers, la cogérante de la base nautique Milaboat Watersport. Mêmes griefs pour le restaurant Anao, où les transats ont été remisés. Un membre du personnel confie : « On avait un mariage de prévu. Heureusement, ça n’a pas été annulé. On a quand même demandé aux invités de prendre leurs passeports. » Contrôle de police oblige.

« Ça fait de la pub pour la ville »

De quoi refluer vers les adresses du centre-ville, où les habitués côtoient soudainement les vacanciers. Au Coffe Gourmand, Romain, 41 ans, est débordé comme ses cafetières : « Je suis venu en dilettante, je me retrouve à bosser comme un samedi. »

Non loin, aux abords du Restaurant des Rois – où la table étoilée au Guide Michelin est réservée par la délégation – les avenues Fernand Dunan et Hellènes sont cloisonnées. Seuls les riverains, sur présentation d’un justificatif de domicile, ont le droit de passer. « On se croirait en plein covid », marmonne l’un d’eux. « Ça me rappelle la venue du président Chinois [Xi Jinping, en 2019] », tranche Michel, 68 ans. Truculent, il lance : « On est à nouveau le centre du monde et ça nous emmerde. » Mais après avoir taclé un bon coup sur « ces présidents qui bloquent tout » – en réalité la circulation était fluide – le gouailleur admet que « ça fait de la pub pour la ville. »

De retour du tennis club, une Berlugane résume : « On râle, mais on est un peu fiers de cette visite. »

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