Dans un entretien au Point, Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis, appelle l'Europe à sortir de son "innocence" face à la Chine. Selon lui, le Vieux Continent doit adopter une posture plus ferme et réaliste, en reconnaissant la nature compétitive et parfois agressive de la puissance chinoise.
Un constat sans concession
Araud affirme que l'Europe a longtemps sous-estimé les ambitions chinoises. "Nous avons cru que le commerce et les échanges mèneraient inévitablement à une convergence politique et sociale", explique-t-il. Or, la Chine poursuit ses propres intérêts stratégiques sans se soucier des valeurs européennes. L'ancien diplomate cite notamment la politique de Pékin en mer de Chine méridionale, la répression des Ouïghours au Xinjiang et l'expansion de l'influence chinoise en Afrique comme autant de signes de cette divergence.
Une nécessaire prise de conscience
Pour Araud, l'Europe doit désormais "penser en termes de puissance" et non plus seulement de normes et de valeurs. Il préconise une approche plus coordonnée entre les États membres de l'UE, notamment en matière de sécurité économique et de protection des infrastructures critiques. "L'Europe a les moyens de peser, mais elle doit agir collectivement", insiste-t-il.
L'ancien ambassadeur pointe également du doigt les divisions internes à l'UE, qui affaiblissent sa position face à la Chine. Il regrette que certains pays, comme la Hongrie ou la Grèce, bloquent régulièrement des déclarations communes plus fermes. "Il faut que les Vingt-Sept réalisent que la Chine ne fait pas de cadeaux et qu'une position commune est dans l'intérêt de tous", ajoute-t-il.
Vers une politique plus dure ?
Interrogé sur les mesures concrètes, Araud suggère de renforcer les mécanismes de filtrage des investissements chinois dans les secteurs stratégiques, de limiter les dépendances technologiques et de promouvoir un commerce plus réciproque. Il salue les récentes initiatives de la Commission européenne, comme le décret sur les subventions étrangères, mais estime qu'il faut aller plus loin.
L'ancien diplomate reconnaît néanmoins que l'Europe ne peut pas se passer de la Chine sur des dossiers comme le climat ou la santé mondiale. "Il faut un équilibre entre coopération et fermeté", résume-t-il. Selon lui, le partenariat stratégique avec Pékin doit être révisé pour refléter cette nouvelle donne.
Un appel à l'unité
En conclusion, Gérard Araud appelle les dirigeants européens à faire preuve de plus de réalisme et d'unité. "Le temps de l'innocence est révolu. L'Europe doit grandir et assumer ses responsabilités dans un monde multipolaire où la Chine est un acteur incontournable mais aussi un concurrent systémique", déclare-t-il. Un message qui résonne alors que les relations entre Bruxelles et Pékin sont à un tournant.



