L'image de l'homme fort et sans crainte est rattrapée par la réalité du terrain. Alors que la Russie peine à progresser en Ukraine, s'embourbant dans un conflit qu'elle espérait expéditif, Vladimir Poutine est de plus en plus exposé. Au point que le Kremlin a renforcé le protocole de sécurité du président russe, craignant pour sa vie.
Des mesures de sécurité drastiques
Selon un rapport d'une agence de renseignement européenne, consulté par CNN et le Financial Times, les cuisiniers, les gardes du corps et les photographes sont désormais interdits de voyager dans les transports en commun. Des systèmes de surveillance ont été installés chez eux. Les visiteurs du Kremlin doivent également être examinés deux fois, et ceux qui travaillent le plus près du président russe ne peuvent utiliser que des téléphones qui ne sont pas connectés à Internet.
La crainte d'un coup d'État
Outre les décisions prises concernant le personnel, Vladimir Poutine a décidé de cesser de se rendre dans ses résidences dans la région de Moscou et dans le nord-ouest, au Valdai, à près de 350 km de Saint-Pétersbourg. Le nombre d'endroits que Poutine visite régulièrement a été considérablement réduit. Le président n'a même pas visité d'installation militaire depuis le début de l'année 2026. Il s'isole de plus en plus dans des bunkers sécurisés. Un isolement camouflé par des images préenregistrées diffusées par les médias pour faire croire à un fonctionnement inchangé.
Mais le Kremlin craint également un potentiel coup d'État. Selon le rapport, le pouvoir russe craint notamment un soulèvement venu de l'ancien ministre de la Défense Sergei Shoigu, désormais secrétaire du Conseil de sécurité. L'ancien député russe Tsalikov, proche de Shoigu, a d'ailleurs été arrêté le 5 mars dernier, officiellement pour des accusations de détournement de fonds, de blanchiment d'argent et de corruption, officieusement pour affaiblir l'ancien ministre, très proche de Vladimir Poutine.
Un isolement renforcé par les attaques ukrainiennes
Cet isolement de Poutine n'est pas nouveau puisqu'il a commencé lors de la pandémie de Covid-19. Mais les nombreuses attaques ukrainiennes de drones en direction de la Russie et le récent assassinat du lieutenant-général Fanil Sarvarov le 22 décembre dernier, vraisemblablement attribué à des agents ukrainiens, ont convaincu le service fédéral de protection de passer au niveau supérieur. Un événement qui a bouleversé l'ordre interne, provoquant même un conflit entre les différents services de sécurité, s'accusant mutuellement de la responsabilité de cette faille de sécurité.
Une popularité en berne
Selon le Financial Times, lors d'une réunion rassemblant les chefs de ces services et Vladimir Poutine, le chef du FSB, service de renseignement intérieur russe, a blâmé le ministère de la Défense, qui n'a pas d'unité dédiée à la protection des hauts fonctionnaires. De son côté, le chef de la garde nationale Viktor Zolotov a nié toute responsabilité, préférant invoquer des ressources limitées. C'est finalement le service fédéral de protection (FSO) qui a été chargé d'assurer la protection de 10 généraux de haut niveau.
Ces tensions au sein du Kremlin sont intimement liées aux difficultés que connaît la Russie en Ukraine. Alors que l'invasion russe a commencé depuis plus de quatre ans, l'armée russe peine à progresser. Un sujet que Vladimir Poutine traite quasiment exclusivement, délaissant même les questions intérieures alors que le pays connaît des difficultés économiques liées au conflit. « Poutine passe 70 % de son temps à gérer la guerre et les 30 % restants à rencontrer [quelqu'un comme, ndlr] le président de l'Indonésie ou à s'occuper de l'économie », affirme un proche du président russe au Financial Times.
Le président russe n'hésite pas à se concentrer sur des détails de la guerre comme le nom des localités ukrainiennes tombées aux mains des Russes, alors qu'il tient des réunions quotidiennes avec des responsables militaires. Un quotidien qui tranche avec la réalité des citoyens russes, dont une partie est frustrée par la durée de ce conflit et la dégradation de leurs conditions de vie. Selon les derniers sondages, le niveau de popularité de Poutine est au plus bas depuis l'automne 2022, alors qu'il venait d'annoncer la mobilisation partielle.



