Des avertissements américains sur des projets russes
Selon des informations publiées par le média polonais Onet, reprises par The Telegraph, des infrastructures polonaises pourraient être visées par des missiles ou des drones, tandis que des soldats russes ou biélorusses pénétreraient sur le territoire polonais dans le cadre d'une opération de provocation. Plusieurs proches du président polonais Karol Nawrocki indiquent que Washington aurait adressé à Varsovie plusieurs avertissements concernant ces projets. D'autres sources au sein du renseignement, du ministère polonais de la Défense, ainsi qu'un ambassadeur auprès d'un allié de l'Otan estiment qu'une provocation en Pologne ou dans les États baltes constitue un risque sérieux. Un responsable sécuritaire balte a également confirmé au Telegraph que de tels scénarios seraient actuellement discutés à Moscou.
Un objectif de test de la cohésion de l'Otan
Avec cette éventuelle attaque contre la Pologne, l'objectif attribué à la Russie ne serait pas de déclencher une guerre conventionnelle avec l'Alliance atlantique, mais de tester sa cohésion tout en faisant pression sur les soutiens occidentaux de Kiev, résume The Telegraph. La fin du soutien occidental à l'Ukraine pourrait même être exigée en contrepartie d'un retrait de Moscou. À noter que les pays européens de l'Otan et le Canada vont s'engager, en marge du sommet de l'Alliance qui se tiendra mercredi 8 juillet à Ankara, à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine en 2026 comme en 2027. L'un des scénarios envisagés par la Russie viserait également à démontrer que l'Otan n'est pas aussi solide qu'elle le revendique.
Les scénarios d'attaques hybrides
Les scénarios évoqués restent variés. Selon Onet, une attaque de drones contre des infrastructures critiques, comme des centrales électriques, ou des frappes aériennes simulées pourraient contraindre la Pologne à activer ses systèmes de défense aérienne. Dans l'hypothèse la plus extrême, une source du renseignement polonais évoque une "attaque hybride" dans une région frontalière. Une incursion terrestre limitée figure également parmi les hypothèses étudiées. Des soldats russes ou biélorusses pourraient franchir la frontière depuis l'enclave russe de Kaliningrad, au nord de la Pologne, ou depuis la Biélorussie, allié de Moscou.
Un enjeu diplomatique et militaire
L'enjeu serait alors autant diplomatique que militaire. D'après les sources sécuritaires polonaises, Moscou miserait sur une réaction mesurée de Varsovie. Plutôt qu'une riposte armée, les États-Unis pourraient pousser la Pologne à ouvrir des négociations avec la Russie ou la Biélorussie, résume le Telegraph. Si les troupes russes se retiraient ensuite à l'issue de discussions, et non sous la contrainte militaire, le Kremlin pourrait revendiquer une victoire politique. Pourquoi viser la Pologne ? D'après plusieurs sources sécuritaires européennes, une provocation dirigée contre Varsovie présenterait, du point de vue de Moscou, davantage d'intérêt qu'une opération menée contre l'un des États baltes.
Un contexte de tensions polono-ukrainiennes
Par ailleurs, les relations entre la Pologne et l'Ukraine se sont tendues ces derniers mois, sur fond de désaccords autour de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de rivalités entre leurs secteurs agricoles. Un contexte dont la Russie pourrait chercher à tirer profit pour creuser davantage les divisions. À Varsovie, les autorités assurent prendre ces informations au sérieux, sans pour autant céder à l'alarmisme. Le Premier ministre Donald Tusk a affirmé que la Pologne se préparait à "divers scénarios", tout en prévenant que "les mois à venir pourraient véritablement être critiques".



