Le journaliste tunisien Mourad Zeghidi, incarcéré depuis le 6 février 2025, a adressé une lettre ouverte au président Kais Saïed pour réclamer sa libération. Dans ce courrier rendu public mercredi 1er juillet, il dénonce une détention arbitraire et appelle le chef de l'État à intervenir pour mettre fin à ce qu'il considère comme une injustice.
Une détention sans procès équitable
Zeghidi, correspondant de la chaîne Al Jazeera, a été arrêté à son domicile de Tunis et placé en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour « atteinte à la sécurité de l'État ». Il est accusé d'avoir diffusé des informations « de nature à troubler l'ordre public » et d'avoir « nui à l'image de la Tunisie ». Son avocat, Me Samir Dilou, a dénoncé une procédure « bâclée » et des charges « infondées », soulignant que son client n'a pas eu accès à un procès équitable.
Selon le rapport de l'ONG Reporters sans frontières (RSF) publié en mai 2025, la Tunisie a chuté de 10 places dans le classement mondial de la liberté de la presse, passant de la 72e à la 82e position, en raison de « l'augmentation des poursuites contre les journalistes ». Mourad Zeghidi fait partie des 12 journalistes actuellement emprisonnés dans le pays, un chiffre record depuis la révolution de 2011.
Une lettre au ton personnel
Dans sa lettre, Zeghidi s'adresse directement au président Saïed : « Monsieur le Président, je vous écris non pas en tant que détenu, mais en tant que citoyen tunisien qui croit en la justice de votre pays. Je vous demande de bien vouloir ordonner ma libération, afin que je puisse retrouver ma famille et continuer à exercer mon métier de journaliste dans le respect des lois de la République. »
Il ajoute : « Je n'ai jamais cherché à nuire à mon pays ni à ses institutions. Mon seul crime est d'avoir fait mon travail d'informateur, avec rigueur et impartialité. » La lettre, datée du 28 juin, a été transmise à la présidence par l'intermédiaire de son avocat.
Une mobilisation internationale
Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont appelé à la libération de Mourad Zeghidi. Dans un communiqué du 30 juin, Amnesty a qualifié sa détention de « mesure d'intimidation » et a exigé des autorités tunisiennes qu'elles « mettent fin à la répression des voix critiques ».
Le 29 juin, une centaine de journalistes tunisiens ont manifesté devant le palais de justice de Tunis pour réclamer la libération de leur confrère. Selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), cette mobilisation a rassemblé plus de 150 participants, un nombre significatif dans le contexte actuel de restrictions des libertés.
Le précédent de la loi 2022-54
Le cas de Zeghidi s'inscrit dans un contexte plus large de durcissement législatif. La loi 2022-54, adoptée en septembre 2022, criminalise la diffusion de « fausses nouvelles » et permet de poursuivre les journalistes pour des informations jugées « attentatoires à l'ordre public ». Selon le SNJT, au moins 30 procédures judiciaires ont été engagées sur la base de cette loi depuis son entrée en vigueur, dont 7 ont abouti à des peines de prison ferme.
Mourad Zeghidi est le deuxième journaliste d'Al Jazeera à être emprisonné en Tunisie en 2025. En mars, le correspondant de la chaîne qatarie à Sfax, Ahmed Ben Hassine, avait été condamné à six mois de prison pour « incitation à la désobéissance civile », avant d'être libéré en appel en mai.
La réponse présidentielle attendue
À ce jour, la présidence tunisienne n'a pas réagi publiquement à la lettre de Zeghidi. Le président Kais Saïed, qui concentre les pouvoirs depuis le coup de force du 25 juillet 2021, a souvent critiqué les médias, qu'il accuse de « comploter contre la Tunisie ». Dans un discours prononcé le 30 juin, il a réaffirmé sa volonté de « purifier le paysage médiatique des agents de l'étranger », sans faire référence directe au cas Zeghidi.
L'avenir du journaliste dépend désormais de la décision du juge d'instruction, qui doit se prononcer sur une éventuelle prolongation de sa détention provisoire. Son avocat a indiqué qu'une demande de mise en liberté serait déposée dans les prochains jours, espérant que la pression médiatique et diplomatique puisse influencer la décision.



