Le Burkina Faso a officiellement rompu ses relations diplomatiques avec la France le 26 juin 2026, accusant Paris d'« activisme incessant » contre ses intérêts. La décision a été annoncée par un communiqué lu à la télévision nationale vendredi, mettant fin à plusieurs années de relations déjà glaciales entre les deux pays.
Les accusations du régime militaire
Le régime militaire burkinabé, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis le coup d'État de septembre 2022, dénonce dans son communiqué « des ambitions néocoloniales affichées avec le soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent le pays et le Sahel ». Le gouvernement affirme que cette rupture « vise exclusivement le cadre institutionnel des relations entre les deux États au plan diplomatique » et « ne remet nullement en cause les liens historiques, humains, culturels et sociaux qui unissent les peuples burkinabè et français ». Il a également assuré de « son engagement à assurer la protection des ressortissants ».
Un délai de sept jours pour fermer l'ambassade
Selon les informations du journal Le Monde, les autorités burkinabées ont fixé à la France un délai de sept jours, à compter du 26 juin, pour fermer son ambassade à Ouagadougou. Cette annonce n'est pas une surprise, car les relations entre Ouagadougou et l'ancienne puissance coloniale se sont dégradées depuis l'arrivée au pouvoir d'Ibrahim Traoré.
Le déclencheur : une résolution du Parlement européen
Le déclencheur de cette rupture a été le soutien de l'eurodéputé français Christophe Gomart (Parti Populaire Européen), ancien directeur du renseignement militaire français jusqu'en 2017, à l'adoption, le 18 juin, d'une résolution par le Parlement européen sur les atteintes aux libertés fondamentales au Burkina Faso. Gomart avait dénoncé dans l'hémicycle un « échec » de la junte. Lundi, l'ambassadeur de l'Union européenne au Burkina, Philippe Bronchain, avait été convoqué à Ouagadougou par le ministère des Affaires étrangères.
Le virage autoritaire du régime burkinabé
La résolution du Parlement européen repose sur de nombreux rapports d'ONG et d'associations nationales concernant le virage autoritaire du régime militaire burkinabé. Journalistes, magistrats et membres de la société civile ont été enlevés, parfois envoyés au front combattre les groupes djihadistes. Récemment, la junte a entrepris un nouveau tour de vis envers ses dissidents, en arrêtant un imam influent et ses fidèles, et en suspendant un important syndicat étudiant. Jeudi, les autorités militaires ont également annoncé que tous les étudiants burkinabè souhaitant étudier à l'étranger devront désormais obtenir une autorisation du ministère de l'Enseignement supérieur.
La France comme bouc émissaire
Le régime burkinabé n'a cessé de faire de la France le bouc émissaire des difficultés socio-économiques (violences djihadistes, fractures ethniques et développement économique au point mort) que traverse le pays depuis des décennies. Dès 2023, le Burkina a exigé le rappel de l'ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade, dénoncé un accord militaire avec Paris et obtenu le départ de l'armée française, longtemps engagée dans la lutte antidjihadiste. Ibrahim Traoré avait un temps affirmé qu'il n'y avait « pas de rupture des relations diplomatiques » entre les deux États, mais le régime a multiplié les invectives envers la France. Plusieurs médias étrangers, majoritairement français, ont été suspendus temporairement ou définitivement : Jeune Afrique, les chaînes de télévision LCI, France 24 et TV5 Monde, ou Radio France internationale. Les correspondantes des journaux Libération et Le Monde ont été expulsées.
Réaction de la France : « regret » et « mesures de réciprocité »
Paris a réagi en disant « regretter » la décision « hostile et sans fondement » du pouvoir militaire. Cette décision « illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè », a ajouté le ministère français des Affaires étrangères, précisant que les « mesures de réciprocité qui s'imposent sont en cours d'examen ». Selon le ministère, plus de 2 000 Français sont inscrits au registre consulaire au Burkina, tandis que plus de 6 000 ressortissants burkinabè vivent en France. La France avait, en 2023, notamment suspendu son aide au développement et son appui budgétaire, ainsi que la délivrance de visas pour les étudiants du Burkina, du Mali et du Niger, en raison de la fermeture des services consulaires français dans ces pays.
Un rapprochement avec d'autres partenaires
En parallèle, le Burkina, comme ses deux alliés sahéliens, le Mali et le Niger, s'est tourné vers de nouveaux partenaires, surtout militaires, comme la Russie, la Turquie et l'Iran.



