Alexandre Dellal, ancien préparateur physique de l'OGC Nice (2012-2018), a participé à la Coupe du monde 2026 avec la sélection haïtienne. Malgré une élimination dès la phase de groupes, il dresse un bilan extrêmement positif de cette aventure hors du commun.
Un retour historique pour Haïti
52 ans après sa dernière participation, Haïti a fait son grand retour en Coupe du monde. La petite nation des Caraïbes a été battue par l'Écosse, le Brésil et le Maroc, mais sans démériter. « Le bilan est extrêmement positif », affirme Alexandre Dellal. « Haïti est un pays meurtri par les catastrophes naturelles, la guerre civile. On a réussi à montrer une belle image de notre nation sur la scène internationale, avec des valeurs fortes d'abnégation, de courage, de don de soi, de cœur, d'amour et de respect. »
Des performances remarquées
Classée 92e au classement FIFA, Haïti a fait douter le Brésil (défaite 3-0) et le Maroc (défaite 4-2), avec des joueurs évoluant pour la plupart en Ligue 2, Ligue 1, voire en 5e division allemande. « On a montré nos qualités et un beau visage », souligne Dellal. Cependant, il exprime une certaine amertume : « J'ai le sentiment qu'en tant que petite nation, on n'a pas toujours été écouté ou respecté. Plusieurs fois, la VAR n'est pas intervenue sur des situations litigieuses. On n'a pas compris pourquoi. C'est un peu rageant. »
Un groupe soudé
Le préparateur physique insiste sur la cohésion du groupe. « Je suis très proche des joueurs, toute l'année, je suis en lien permanent avec eux. En sélection, l'affect est un peu plus présent qu'en club. » Sur le plan personnel, il se dit satisfait : « En deux ans et demi, on a eu trois blessures musculaires seulement. On a été félicité sur l'aspect athlétique. » L'objectif est désormais de « faire grandir Haïti, qui est un vrai pays de football ».
Une expérience unique
Dellal compare la Coupe du monde à ses autres expériences (Ligue des champions asiatique et européenne, Coupes d'Afrique des Nations) : « La Coupe du Monde, c'est un événement vraiment à part. Tout était millimétré. C'était plaisant. » Il a particulièrement apprécié le camp de base dans le New Jersey et l'ambiance dans les stades : « Il y a aux USA une grande communauté haïtienne. À Boston, à Philadelphie ou à Atlanta, il y avait quasiment une moitié du stade acquise à notre cause. Ça nous a donné beaucoup de force. »
Des difficultés surmontées
Le parcours a été semé d'embûches, notamment en termes de moyens. « L'Écosse a un staff technique de 15 personnes, 4 analystes vidéos. Nous, on était 5. J'ai réalisé des missions que je n'avais et n'aurais jamais fait ailleurs. » Il évoque aussi le maillot interdit par la FIFA 48 heures avant le tournoi, dont les motifs étaient inspirés de la révolution haïtienne. « C'est une histoire politique. Mais finalement ce qui s'est passé a donné encore plus de valeur à ce maillot. Je vais le conserver précieusement. »
Un avenir à construire
Malgré les difficultés, Dellal garde une immense fierté et l'envie de revivre une telle aventure. « Jouer pour un pays, ça n'a pas de prix. » Il conclut : « On a tout donné. L'objectif, c'est vraiment de faire grandir Haïti. »



