600 jours de guerre: comment Kiev et Zelensky ont été sauvés
600 jours de guerre: comment Kiev et Zelensky ont été sauvés

Après 600 jours de guerre en Ukraine, l'historien Serhii Plokhy, titulaire de la chaire d'histoire de l'Ukraine à Harvard et directeur de l'Institut de recherches ukrainiennes, livre une analyse des événements qui ont marqué ce conflit. Selon lui, la guerre s'inscrit dans le long processus de désintégration des empires, débuté avec la Première Guerre mondiale.

Un conflit impérial et démocratique

Plokhy explique que la démocratie a survécu en Ukraine dans les années 1990, contrairement à la Russie, ce qui a porté en germe l'agression russe. "La Russie crée et entretient des sphères d'influence en exportant l'autocratie et la lutte contre la démocratie", affirme-t-il. Moscou a contrôlé la Biélorussie sans conflit militaire, mais est entrée en guerre contre la Géorgie et l'Ukraine, des démocraties.

Les plans de Poutine déjoués

La pression sur l'Ukraine a commencé dès 2003, avec la tentative russe de s'emparer de l'île de Touzla. En 2004, la révolution orange a accru les tensions. "Le plan initial de Poutine était de faire de l'Ukraine une autre Biélorussie", rappelle Plokhy. Face à l'échec, le Kremlin a adopté le plan B en 2013 : l'annexion de la Crimée. En 2022, n'ayant pas réussi à prendre Kiev, la Russie a annexé de nouveaux territoires dans l'est et le sud.

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Le rôle crucial de Zelensky

Le 12 janvier 2022, le directeur de la CIA William Burns a prévenu Zelensky de l'invasion imminente. Malgré les conseils de former un gouvernement en exil, Zelensky est retourné à Kiev et a refusé d'être évacué. "Il a mis sa vie en danger et est devenu un symbole de la résilience ukrainienne", souligne Plokhy. Sa décision a été décisive pour le moral du pays.

La bataille d'Hostomel, tournant décisif

Le plan russe prévoyait de débarquer des troupes à l'aéroport d'Hostomel, de marcher sur Kiev et de capturer ou tuer Zelensky. "Ceux qui sont restés à Hostomel ont héroïquement riposté et empêché les troupes d'élite russes d'atterrir", raconte Plokhy. Cet échec a permis aux Ukrainiens de contre-attaquer et de repousser les Russes de Kiev et du nord de l'Ukraine. "Hostomel s'est avérée la bataille la plus décisive des premières semaines", ajoute-t-il.

Soutien des alliés et ordre mondial

Plokhy met en garde contre toute hésitation des alliés : "La victoire de la Russie serait celle de la force brutale sur le droit international." Il salue le soutien d'Emmanuel Macron, qui "a placé la France du bon côté de l'histoire". La guerre rebat les cartes mondiales, avec une nouvelle guerre froide entre Washington et Pékin. Quant à la fin du conflit, Plokhy suggère qu'elle pourrait survenir en Crimée, où les attaques ukrainiennes contre la flotte russe s'intensifient.

Le rapport de force sur le terrain

Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l'ONU, estime que le rapport de force "bascule du côté de la Russie", grâce à sa production d'armements accrue. Sur terre, la défense élastique russe reprend la main, notamment à Avdiïvka. En mer Noire, en revanche, la Russie a perdu l'usage de ses ports et s'est repliée. Selon Trinquand, cette guerre s'inscrit dans un nouvel ordre mondial, avec des manœuvres russes en Afrique et au Moyen-Orient.

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