Un bonobo démontre une capacité à jouer à faire semblant, bousculant l'idée de l'imagination humaine
Un bonobo montre une imagination, remettant en cause l'unicité humaine

Et si l'imagination n'était pas réservée à l'espèce humaine ? Une recherche publiée dans la prestigieuse revue Science et rapportée par Sciences et Vie propose une réponse surprenante. Les scientifiques ont démontré qu'un bonobo adulte est capable de participer à des jeux de rôle impliquant des objets purement fictifs, indiquant qu'il pourrait jouer à faire semblant, une faculté longtemps considérée comme propre aux humains.

Une étude pionnière sur l'imagination animale

Conduite par Amalia Bastos de l'Université de St Andrews et Christopher Krupenye de l'Université Johns Hopkins, cette étude s'est concentrée sur l'observation du célèbre bonobo Kanzi, décédé à l'âge de 44 ans. Les chercheurs ont cherché à évaluer si ce primate pouvait véritablement comprendre et suivre des scénarios imaginaires, au-delà de simples réponses conditionnées.

Trois tests révélateurs pour évaluer l'imagination

Pour tester les capacités cognitives de Kanzi, les scientifiques ont conçu trois expériences basées sur des gestes symboliques simulant des actions concrètes avec des objets inexistants.

  • Dans la première expérience, les chercheurs ont feint de verser du jus dans deux gobelets transparents en utilisant un pichet vide, puis ont transféré l'un des faux contenus. Kanzi a correctement désigné le verre censé contenir le liquide imaginaire dans la majorité des cas, montrant sa compréhension du concept de jus fictif.
  • Lors d'un second test, un verre contenait du vrai jus et l'autre du faux. Le bonobo a presque toujours choisi celui avec le liquide réel, confirmant sa capacité à distinguer les actions imaginaires des actions réelles.
  • Enfin, dans une troisième mise en scène, des raisins imaginaires ont été placés dans deux bols, puis retirés de l'un d'eux. Kanzi a réussi à identifier le bol où restaient les fruits fictifs, démontrant une représentation mentale stable de ces objets absents.

Une avancée majeure dans la compréhension cognitive

Cette étude est la première à montrer expérimentalement qu'un primate non humain peut représenter mentalement un objet inexistant de manière cohérente. Christopher Krupenye a qualifié cette découverte de changement de donne dans les colonnes du Times, soulignant que l'imagination, longtemps vue comme un élément crucial de la nature humaine, pourrait ne pas être exclusive à notre espèce.

Ces résultats soulèvent des questions profondes sur l'évolution cognitive. Si Kanzi peut suivre des scénarios fictifs, cela suggère que la faculté de représenter des objets absents ne date pas seulement de l'apparition d'Homo sapiens. Elle aurait pu émerger chez un ancêtre commun aux humains et aux bonobos, il y a entre 6 et 9 millions d'années, remettant en cause les frontières traditionnelles entre l'homme et l'animal.

Des limites à considérer

Les chercheurs appellent toutefois à la prudence dans l'interprétation de ces résultats. Kanzi a évolué dans un environnement humain dès sa naissance, ce qui a pu influencer ses capacités cognitives de manière unique. Il s'agit d'un cas exceptionnel, difficile à généraliser à l'ensemble des bonobos ou même aux chimpanzés. Amalia Bastos a précisé dans The Guardian : Nous ne disons pas que tous les bonobos possèdent cette capacité, mais que c'est possible, soulignant la nécessité de recherches supplémentaires pour comprendre la portée réelle de cette découverte.