Pétition pour une aire marine protégée aux Aresquiers : le débat s'envenime entre pêcheurs et associations
Le débat sur la création d'une aire marine protégée au large des Aresquiers à Frontignan est loin d'être clos. Une pétition en ligne, lancée fin janvier par une vingtaine d'associations de plongée et de sports nautiques, réclame l'instauration de cette zone protégée pour préserver le milieu marin. Cependant, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins a rapidement réagi par une tribune virulente, dénonçant un projet qui risquerait de sacrifier la pêche artisanale.
Le Comité régional des pêches tire à boulets rouges sur le projet d'AMP
Dans sa tribune publiée sur les réseaux sociaux et intitulée "Aresquiers – Ingril : une AMP, oui peut-être… mais pas contre la pêche artisanale", le CRPMEM, présidé par Bernard Pérez, exprime son soutien à la protection marine mais critique sévèrement l'approche du projet. L'institution insiste sur la nécessité d'une logique cohérente, complète et équitable, rejetant toute idée de faire de la pêche artisanale une "variable d'ajustement". Pour le comité, une aire marine protégée n'a de sens que si elle vise réellement à protéger les habitats, réduire les pressions environnementales et améliorer l'état écologique du site.
Craintes d'exclusion de la pêche artisanale au profit des sports nautiques
Le CRPMEM craint que cette AMP conduise à exclure un usage historique et faiblement impactant comme la pêche artisanale, tout en maintenant ou développant d'autres activités, notamment les sports nautiques tels que le kitesurf, dont les impacts environnementaux sont jugés plus significatifs. Le comité pointe du doigt les lacunes du dossier, affirmant qu'il ne démontre pas clairement quelles pressions sont ciblées, comment les usages sont hiérarchisés, ni pourquoi l'exclusion de la pêche serait la solution la plus efficace.
Les porteurs du projet avaient pourtant précisé qu'ils ne souhaitaient pas tout interdire, mais plutôt trouver un moyen de concilier les différentes pratiques. Néanmoins, le CRPMEM reste sceptique, soulignant que le secteur des Aresquiers et la lagune d'Ingril forment un espace restreint, peu profond et écologiquement sensible, déjà soumis à de multiples pressions cumulées.
Confrontation entre activité traditionnelle et sports récréatifs
Le comité rappelle que la pêche artisanale est exercée dans cette zone depuis des décennies, avec des engins passifs, des efforts limités et un encadrement réglementaire strict. À l'inverse, il dénonce le développement rapide des usages récréatifs nautiques ces dernières années, sans régulation adéquate face aux enjeux environnementaux. En particulier, le kitesurf sur l'étang d'Ingril est critiqué pour causer un piétinement répété des herbiers protégés, le dérangement de la faune et la remise en suspension des sédiments, des impacts jugés plus difficiles à contrôler que ceux de la pêche artisanale.
Les pêcheurs proposent l'interdiction du kitesurf comme solution alternative
Pour le CRPMEM, si la création d'une AMP est justifiée par la fragilité du milieu, il faut hiérarchiser les usages en fonction de leurs impacts réels, et non de leur statut social ou médiatique. L'organe représentant les pêcheurs estime donc que la mesure la plus cohérente pour protéger l'environnement dans ce secteur de Frontignan serait d'interdire le kitesurf, arguant qu'il existe d'autres sites plus ouverts et adaptés à cette pratique. En l'absence d'un véritable dialogue entre toutes les parties prenantes, l'avancement de ce projet d'aire marine protégée risque de connaître des obstacles majeurs, laissant planer l'incertitude sur l'avenir de la cohabitation entre pêche traditionnelle et activités sportives.