Alors que la France subit une nouvelle canicule, un collectif d'experts et de personnalités appelle à faire de la forêt un enjeu politique majeur. Dans une tribune publiée par Le Monde, ils estiment que la forêt doit devenir « un enjeu politique au sens premier du terme », c'est-à-dire une question relevant de la cité et de l'intérêt général.
Une forêt fragilisée par le changement climatique
Les signataires rappellent que les forêts françaises sont gravement menacées par le réchauffement climatique. Les épisodes de sécheresse et de canicule se multiplient, provoquant des dépérissements massifs. Selon l'IGN, 300 000 hectares de forêt sont en état de dépérissement en 2023, soit une augmentation de 80 % en dix ans. Les incendies ravagent également des surfaces record : en 2022, 72 000 hectares ont brûlé, un chiffre cinq fois supérieur à la moyenne des années 2000.
« La forêt n'est pas seulement un puits de carbone, elle est aussi un refuge pour la biodiversité et un poumon pour nos territoires », souligne la tribune. Pourtant, les politiques publiques restent insuffisantes face à l'urgence.
Des propositions concrètes pour une gestion durable
Le collectif propose plusieurs mesures. D'abord, un plan national de reboisement avec des essences adaptées au climat futur. Ensuite, une meilleure gestion de l'eau en forêt, via la restauration des zones humides et des cours d'eau. Enfin, ils demandent une réorientation des aides publiques vers la sylviculture durable, plutôt que vers des pratiques intensives.
« Il faut sortir de la logique productiviste qui a prévalu jusqu'ici », affirme l'un des signataires, le forestier Jean-Marc Rives. « La forêt doit être gérée pour ses multiples services écosystémiques, pas seulement pour le bois. »
Un enjeu de société et de démocratie
La tribune insiste sur la dimension démocratique de cet enjeu. Les citoyens doivent être associés aux décisions concernant la forêt, via des instances de concertation locales. « La forêt est un bien commun, sa gestion ne peut être laissée aux seuls professionnels ou à l'État », écrivent les auteurs.
Ils appellent également à une meilleure formation des élus et des agents territoriaux sur les enjeux forestiers. « Trop souvent, la forêt est considérée comme un réservoir foncier ou une variable d'ajustement budgétaire », regrette la tribune.
Une mobilisation nécessaire face à l'urgence climatique
Le collectif conclut en appelant à une mobilisation générale. « Les canicules à répétition nous rappellent que nous vivons dans un monde fini. La forêt est un symbole de cette fragilité. Il est temps d'en faire une priorité politique. »
Cette tribune intervient alors que le gouvernement prépare un nouveau plan forêt, attendu pour l'automne. Les signataires espèrent que leurs propositions seront entendues.



