Streaming éco-responsable : est-ce possible ?
Streaming éco-responsable : est-ce possible sur Twitch ?

Saviez-vous que regarder une heure de contenu audiovisuel sur votre portable ou votre téléviseur équivaut à consommer autant qu'un train sur 2 à 20 kilomètres ? Selon une étude de l'Arcom de 2024, cela représente une consommation de 6 à 57 grammes d'équivalent CO2. Parmi les contenus les plus polluants, la diffusion en direct, sonore et visuelle, arrive en tête. Les streamers sur Twitch, qui diffusent majoritairement en live, sont donc particulièrement concernés. Alors, est-il possible d'exercer le métier de streamer tout en étant écoresponsable ?

Qu'est-ce qu'on consomme en tant que streamer ?

Lors de la Twitch Con 2026, quatre streamers — Ayla, Recharging, SocialScienceNerd et Chloé — se sont réunis lors d'une conférence pour aborder le sujet du « streaming éco-conscient ». Pendant une heure, ils ont évoqué les domaines les plus polluants du streaming.

Le sujet principal : la consommation d'énergie. Le streaming est particulièrement énergivore. Il nécessite du matériel électronique, des lumières pour le studio, une caméra, une connexion Internet… sans compter les jeux vidéo, qui représentent le contenu le plus streamé sur Twitch. Pour rappel, l'industrie du jeu vidéo en France représente à elle seule une consommation de 37 millions d'équivalents CO2, d'après Frédéric Bordage, expert en numérique responsable cité dans Le Monde.

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Mais pour le streamer de la chaîne Recharging, « c'est pareil pour beaucoup d'autres métiers. Tout est en fait une question de budget ».

Un « budget » de consommation à gérer

Quand il parle de « budget », Recharging fait référence à la consommation énergétique. Pour lui, c'est comme « gérer son argent ». Il faut savoir équilibrer ses dépenses énergétiques et ses économies.

Tout au long de la conférence, il donne plusieurs exemples : vous avez besoin d'un lieu pour faire vos lives ? Fini les studios clinquants avec plein de lumières. Place aux LEDs et au minimum d'ampoules possible. Vous diffusez vos parties de jeux vidéo ? Oubliez les jeux « triple A » (les best-sellers développés par de gros studios comme Ubisoft ou Electronic Arts). Laissez la place aux jeux indépendants, dont les coûts énergétiques de production sont largement moindres.

Et puis, il y a des petites solutions simples : mettre l'ordinateur en mode économie d'énergie, essayer d'acheter de la seconde main, et diminuer l'empreinte carbone en supprimant tous les outils d'IA que propose Twitch. Des solutions économiques pour les streamers aux petits revenus.

Vendre, mais autrement

Si les streamers peuvent agir sur l'empreinte écologique de leur matériel, ils peuvent aussi adapter leurs convictions écologiques au cœur de leur métier, rappelle la créatrice de contenu Chloé, hôtesse de la conférence. Pour les streamers sur Twitch, comme pour tous les créateurs de contenu, la majorité de leurs revenus provient des marques qui les paient pour faire la publicité de leurs produits.

Amélie Deloche, spécialiste de l'influence responsable et cofondatrice du collectif « Paye ton Influence », explique que de nombreux créateurs de contenu ont peur d'abîmer leurs relations avec les annonceurs. « La plupart du temps, les plus grosses entreprises préfèrent collaborer avec des créateurs de contenu qui ne prennent pas de position, pour éviter des bad buzz ». Il y a aussi la question de comment éviter les marques qui font du greenwashing.

L'autrice du guide ADEME pour l'influence responsable propose plusieurs solutions. La première : éviter les grandes marques, car il est « presque certain » qu'elles font du greenwashing. « Si Total, qui base ses revenus sur l'extraction et la vente de pétrole, dit avoir sauvé des arbres en arrêtant les tickets de caisse dans les stations-service, c'est du greenwashing. » Pour elle, le plus important est donc d'essayer d'aller vers des entreprises locales, et vérifier à quel point les marques sont avancées ou non dans leur transition écologique.

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Influencer ses abonnés

Une des solutions pour améliorer son empreinte carbone en tant que streamer est aussi d'influencer sa communauté. Recharging, Ayla, Chloé et SocialScienceNerd ont présenté cela comme le « community multiplier ». En gros, si vous montrez certains comportements à l'écran, il y aura forcément des personnes qui vont s'inspirer de vous et les reproduire.

Une théorie largement confirmée par Amélie Deloche : « Lorsqu'on suit des influenceurs, une relation parasociale se crée. On a envie de les imiter. Malheureusement, les plus importants représentent un imaginaire de société de consommation, avec des vêtements de luxe, des objets chers, etc. » Une attitude qui ne permet pas, selon elle, de parler environnement avec honnêteté. Mais ce dont elle est certaine, c'est que si les créateurs de contenu présentaient « d'autres imaginaires », comme une vie écoresponsable, alors cela aurait un impact sur leur audience.

La streameuse Chloé a pu elle-même observer ce phénomène. « Je ne mange plus de viande, notamment par souci écologique, et je montre des recettes végétariennes en live. Et régulièrement des abonnés me disent qu'ils ont testé et se sont mis à manger moins de viande. » Elle prône donc l'authenticité, et surtout le fait de ne pas culpabiliser son audience.