Chlordécone : 80% des Antillais toujours contaminés selon Santé Publique France
Chlordécone : 80% des Antillais contaminés

Près de trente ans après l'interdiction du chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies, plus de 80 % de la population de Guadeloupe et de Martinique reste contaminée, selon une étude de Santé Publique France publiée ce mercredi 24 juin. L'agence sanitaire a mesuré l'imprégnation au chlordécone chez les adultes de ces deux îles entre 2021 et 2023, révélant que 82 % des Guadeloupéens et 83 % des Martiniquais présentent des traces de ce pesticide dans le sang.

Des taux d'imprégnation toujours élevés

L'étude, intitulée "Kannari", montre que les niveaux de contamination restent préoccupants, bien qu'en légère baisse par rapport à une précédente enquête menée en 2013-2014. À l'époque, 92 % des adultes en Guadeloupe et 90 % en Martinique étaient contaminés. "La diminution observée est encourageante, mais elle est lente et les niveaux demeurent trop élevés", commente le Dr. Clémence Fillol, directrice de la santé environnementale à Santé Publique France.

Une contamination persistante via l'alimentation

La principale source d'exposition reste l'alimentation, en particulier la consommation de produits locaux comme les légumes-racines (ignames, patates douces) et les poissons de rivière, qui absorbent le chlordécone présent dans les sols et l'eau. L'étude souligne que les personnes consommant régulièrement ces aliments ont des taux d'imprégnation significativement plus élevés. En Guadeloupe, 70 % des participants déclarent manger des légumes-racines locaux au moins une fois par semaine, contre 65 % en Martinique.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des disparités sociales et géographiques

Les chercheurs ont également noté des disparités importantes. Les populations vivant en zone rurale, les agriculteurs et les personnes à faibles revenus sont plus exposés. "Les inégalités sociales de santé sont très marquées dans cette contamination", explique le Dr. Fillol. Par ailleurs, les hommes présentent des taux plus élevés que les femmes, probablement en raison d'une consommation plus importante de poissons de rivière.

Un impact sanitaire reconnu

Le chlordécone est un perturbateur endocrinien classé comme cancérogène possible par l'Organisation mondiale de la santé. Il est associé à un risque accru de cancer de la prostate, de troubles de la fertilité et de retards de développement chez l'enfant. En 2021, la Cour de justice de la République a reconnu l'État français coupable de négligence dans la gestion de cette pollution.

Les autorités appellent à renforcer la prévention

Face à ces résultats, Santé Publique France recommande de poursuivre les campagnes de sensibilisation sur les gestes à adopter pour réduire l'exposition, comme laver soigneusement les légumes-racines ou limiter la consommation de poissons de rivière. L'agence préconise également d'améliorer l'accès aux analyses de sol pour les jardins familiaux et de renforcer la surveillance des eaux de surface. "Il est essentiel de maintenir une vigilance constante et d'accompagner les populations vers des pratiques alimentaires plus sûres", conclut le Dr. Fillol.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale