Ces maires qui ont marqué leur ville : bâtisseurs, héros et controverses
Dans le cadre des élections municipales, il est fascinant de revisiter l’histoire des maires qui ont transcendé leur fonction, laissant une empreinte indélébile sur leurs villes. De Montpellier à Nîmes, en passant par Mende ou Carcassonne, ces figures ont marqué leur époque par leur courage, leur engagement, ou parfois leurs controverses. Tous ont façonné leur cité à leur manière, devenant des symboles de transformation urbaine et sociale.
Georges Frêche : le bâtisseur charismatique de Montpellier
Georges Frêche demeure sans doute le maire le plus emblématique de la région. Premier magistrat de Montpellier pendant vingt-sept ans, de 1977 à 2004, cet homme au verbe fort a lancé dès son arrivée une série de grands travaux. Il a confié à l’architecte catalan Ricardo Bofill la conception du quartier Antigone, à l’entrée est de la ville. Sous son impulsion, Montpellier s’est dotée d’infrastructures majeures comme le Zénith en 1986, le Corum en 1989, et l’hôtel de Région la même année. Frêche a aussi été à l’origine du tramway et du centre commercial Odysseum dans les années 2000.
Cependant, sa carrière a été entachée par des propos polémiques. Il a notamment tenu des déclarations controversées sur les Harkis et les joueurs noirs de l’équipe de France en 1998, ce qui a conduit à son exclusion du Parti socialiste en 2007. Il est décédé en 2010 dans son bureau de l’hôtel de Région, à l’âge de soixante-douze ans.
Jules Pagézy : le précurseur montpelliérain
Un siècle avant Frêche, Jules Pagézy avait déjà transformé Montpellier. Élu en 1852, il a désenclavé l’Écusson pour créer une ville moderne, à l’image des travaux du baron Haussmann à Paris. Pendant vingt ans, il n’a pas hésité à exproprier et démolir, créant la rue de la Loge et la rue Saint-Guilhem, ainsi que les halles Castellane en 1858. Il a aussi installé un système de tout-à-l’égout et construit de nombreux squares, remodelant profondément la ville jusqu’aux années 1960.
Jean Bousquet : l’empreinte arty de Nîmes
Jean Bousquet, fondateur de la marque Cacharel, a été maire de Nîmes de 1983 à 1995. Il a complètement modernisé la ville en faisant appel à de grands noms de l’architecture : Norman Foster pour le Carré d’art, Jean Nouvel pour les logements sociaux Nemausus, et Philippe Starck pour l’abribus de l’avenue Carnot. On lui doit aussi la place d’Assas et le stade des Costières. Bousquet a transformé Nîmes en une ville people et festive grâce à la feria, bien que ses détracteurs aient critiqué sa folie des grandeurs, surtout en fin de mandat lorsque la ville était en difficulté financière.
Maurice Trintignant : le champion de F1 devenu maire
Pilote de Formule 1 jusqu’en 1964, Maurice Trintignant a remporté deux fois le Grand Prix de Monaco. Élu maire de Vergèze dans le Gard en 1959, il a refusé de toucher ses indemnités, les redistribuant à ses adjoints. Il a réalisé de nombreux projets pour le village, sans augmenter les impôts, et a comblé un déficit communal de quarante-cinq millions. En 1959 et 1960, il a organisé le Grand Prix automobile Micromils, aussi appelé Coupe Perrier, qui parcourait une boucle de Vergèze à la mer en passant par les Cévennes.
René Couveinhes : la discrétion à La Grande-Motte
René Couveinhes a été le premier maire élu de La Grande-Motte en 1974. Durant douze ans, il a administré la ville de manière très discrète, revendiquant un « droit à la discrétion » et évitant les allocutions publiques. Sa stratégie a porté ses fruits, puisqu’il a ensuite été élu à l’Assemblée nationale.
Henri Bourrillon et Gilbert de Chambrun : héros de la Résistance en Lozère
En 1941, Henri Bourrillon, maire de Mende depuis 1929, a été destitué par le régime de Vichy pour avoir refusé de rebaptiser un boulevard en l’honneur de Philippe Pétain. Devenu chef politique de la Résistance en Lozère, il a été arrêté par la Gestapo en février 1944, déporté à Auschwitz, puis en Tchécoslovaquie, où il est mort le 3 mai 1945, à quelques jours de la fin de la guerre.
Gilbert de Chambrun, responsable du mouvement Combat et chef des FFI pour le Languedoc-Roussillon, a aussi présidé le comité de Libération. Il est ensuite devenu maire de Marvejols de 1953 à 1965, puis de 1971 à 1983, et est décédé en 2009 à l’âge de cent ans.
Etienne Mourrut et Raymond Chesa : autres figures marquantes
Etienne Mourrut a redessiné Le Grau-du-Roi pendant trente ans, de 1983 jusqu’à sa mort en 2014. Gaulliste et député, il a laissé une empreinte durable sur sa ville. Raymond Chesa, surnommé « Ramuntcho » par ses concitoyens, a dirigé Carcassonne pendant près de vingt-deux ans. Connu pour sa personnalité dévorante et son charisme, il a aussi siégé à Strasbourg, marquant profondément sa région.
Ces maires, par leurs actions et leurs personnalités, ont façonné l’histoire de leurs villes, rappelant que la fonction municipale peut être un levier puissant de transformation et d’engagement.