Le logement s’est imposé dans le débat national ces derniers mois. À peine élus, les maires des Alpes-Maritimes sont attendus sur ce dossier qui concentre toutes les tensions du territoire : pouvoir d’achat, recrutement, attractivité, qualité de vie, mobilité, équilibre territorial. Le Club Immo 360 de Nice-Matin, animé par Nicolas Galup, rédacteur en chef, a réuni plusieurs professionnels du secteur au Nice Lawn Tennis Club autour d’une question simple en apparence : « Que peuvent vraiment les maires face à la crise du logement ? »
Des leviers concrets pour les maires
À écouter les échanges, la réponse tient en une formule : ils ne peuvent pas tout, mais ils peuvent déjà beaucoup. À condition de sortir d’une logique purement défensive, d’agir vite et de manière coordonnée. Car derrière les difficultés d’accès à la propriété et à la location, c’est toute l’attractivité du territoire qui se joue : actifs, jeunes ménages, salariés du public comme du privé peinent à se loger dans les zones les plus tendues.
« On est victime de notre succès sur notre territoire. Tout le monde veut habiter sur la Côte d’Azur », résume William Siksik, coprésident de la FNAIM 06. Le problème n’est pas la demande. Le problème, martèle-t-il, c’est « un stock qui réduit », dans un contexte de pouvoir d’achat en berne, de normes qui s’empilent et de parcours résidentiel grippé. Pour Benjamin Mondou, président de Century 21 Lafage, la priorité est limpide : produire plus et plus vite. « Aujourd’hui, ce qui nous manque, c’est du logement », rappelle-t-il.
Le maire, premier opérateur de terrain
Sur ce point, les intervenants convergent : le maire reste l’élu qui voit le mieux la tension monter, parce qu’il la reçoit au quotidien. Dans les communes, les habitants viennent demander un logement, alerter sur un loyer devenu inaccessible, dénoncer une vacance, s’inquiéter d’un projet ou réclamer une rénovation. Pour Stéphane Le Floch, directeur de Soliha 06, le maire est « au cœur de la vie de ses citoyens » et dispose encore de nombreux leviers : agir sur les usages, freiner ou non certaines dérives du meublé touristique, accompagner la sortie de vacance, suivre l’habitat dégradé, mieux orienter les propriétaires vers les bons dispositifs. Pas de mesure miracle, mais des leviers concrets pour desserrer l’étau. « À condition, insiste William Siksik, de ne pas agir seul. Préfet, métropole, conseil départemental, région et professionnels du logement doivent avancer ensemble pour débloquer plus vite les situations. »
Construire pour transformer
Faut-il encore construire dans un département déjà saturé ? La réponse apportée pendant la table ronde est nuancée : oui, là où c’est possible, mais pas seulement. Pour Jean-Paul Gandolfi, directeur en charge du développement et de la stratégie commerciale chez Fayat Bâtiment, l’un des leviers les plus pertinents réside dans la réversibilité : « Penser dès aujourd’hui des bâtiments capables de changer d’usage demain ». Transformer des bureaux en logements, adapter l’existant, travailler sur la surélévation ou les dents creuses : autant de pistes qui permettent de produire sans forcément repartir de zéro.
Cette approche présente un avantage évident dans les Alpes-Maritimes : elle limite l’affrontement classique entre besoin de logements et rejet de nouvelles constructions. « Elle permet aussi d’inscrire le logement dans une logique plus progressive, plus souple, et mieux adaptée à un territoire déjà très contraint », a ajouté Benjamin Mondou.
Des outils trop peu connus
Autre sujet régulièrement mis en avant : les logements vacants. Là encore, les professionnels invitent à la prudence. Les fichiers existent, mais ils surestiment parfois la réalité. « Sur cent logements déclarés vacants, une petite partie seulement l’est réellement après vérification », rappelle Stéphane Le Floch, qui estime le taux réel autour de 1,5 à 2 % du parc. Le gisement existe, mais il ne résoudra pas, à lui seul, la crise actuelle. En revanche, il peut redevenir utile à condition d’être traité sérieusement : repérage précis, accompagnement des propriétaires, travaux, sécurisation de la remise sur le marché.
Même logique pour l’habitat dégradé ou les arrêtés de péril qui restent parfois sans suite pendant des années dans certaines communes. Là encore, le maire n’est pas démuni. Encore faut-il que ces sujets soient suivis, et qu’ils ne se perdent pas dans les angles morts administratifs. C’est sans doute l’un des enseignements les plus concrets de cette matinée. Les aides, les outils et les dispositifs existent déjà en nombre : conventionnement, accompagnement à la rénovation, audit énergétique, dispositifs locaux ou départementaux. Pour Soliha 06, le problème n’est pas seulement le manque de solutions ; c’est aussi leur faible lisibilité. « Il y a un vrai problème de communication », insiste Stéphane Le Floch. Un constat que tous ont validé.
Le logement ne se pense pas sans mobilité
La discussion a enfin rappelé une autre réalité du territoire : l’équilibre entre littoral, moyen et haut pays ne peut pas être traité sans la question des transports. Sur le papier, certains secteurs de l’arrière-pays offrent davantage de possibilités. En pratique, sans mobilité renforcée, ces solutions restent limitées. Tous l’ont souligné : loger plus loin n’a de sens que si l’on peut se déplacer correctement jusqu’aux grands bassins d’emploi.
Les professionnels de l’immobilier ont surtout réclamé de la clarté, de la continuité et, pour reprendre les mots de Benjamin Mondou, « des maires courageux ». Car sans avoir tous les pouvoirs, les élus locaux restent les premiers à pouvoir enclencher une méthode, fixer un cap et transformer des outils déjà connus en décisions concrètes.



