L'affaire Inass, 39 ans après, enfin en procès : les parents jugés en 2026
Affaire Inass : procès des parents en 2026 après 39 ans

Un procès historique après trente-neuf ans d'attente

Trente-neuf ans après la découverte tragique du corps d'Inass, une fillette de quatre ans, le 11 août 1987 au bord de l'autoroute A10 près de Suèvres dans le Loir-et-Cher, ses parents vont enfin devoir répondre de leurs actes devant la justice. La cour d'assises de Blois les jugera du 9 au 27 novembre 2026, selon des informations confirmées ce lundi. Cette affaire, longtemps considérée comme l'un des cold cases les plus anciens de France, connaîtra ainsi son épilogue judiciaire après des décennies d'enquêtes complexes et de procédures judiciaires interminables.

Des accusations graves pour des violences extrêmes

La mère, Halima El Bakhti, aujourd'hui âgée de 71 ans, sera jugée pour « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort » sans intention de la donner. Son époux, Ahmed Touloub, 74 ans, devra quant à lui répondre de « complicité » dans ces faits atroces. Selon un rapport d'enquête cité par l'Agence France-Presse, la mère est poursuivie pour des actes « volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps » qui ont directement conduit au décès de la petite Inass.

Lors de la découverte du corps, les constatations des médecins légistes avaient révélé des sévices d'une rare violence. Le corps présentait de multiples traces de brutalités, notamment des brûlures attribuées à un fer à repasser ainsi que des cicatrices correspondant à des morsures humaines, que les experts ont attribuées à une femme. Surnommée « la martyre de l'A10 », la fillette n'avait pu être identifiée malgré une vaste campagne de recherche sans précédent.

Des investigations massives restées vaines pendant des années

La gendarmerie avait déployé des moyens exceptionnels pour tenter d'identifier la victime :

  • Diffusion du signalement dans plus de trente pays
  • Affichage de sa photographie dans soixante-cinq mille écoles
  • Affichage dans trente mille mairies à travers la France

Malgré cette mobilisation impressionnante, deux ordonnances de non-lieu prononcées en 1991 puis en 1997 avaient laissé le dossier dans l'impasse pendant près de trois décennies, plongeant l'affaire dans l'oubli judiciaire.

La révolution de l'ADN qui a tout changé

Le dossier a connu un rebondissement décisif en 2018 grâce à une avancée scientifique majeure. Un prélèvement ADN effectué sur le frère de la victime dans le cadre d'une autre affaire de violences a permis une comparaison avec le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). Cette analyse a établi une correspondance formelle avec des traces génétiques retrouvées sur les vêtements et la couverture qui enveloppaient le corps de la fillette.

Les parents ont été interpellés en juin 2018, mais ont nié les faits lors de leur garde à vue, se renvoyant mutuellement la responsabilité dans un contexte de violences conjugales avérées. Après plusieurs recours juridiques, la Cour de cassation a finalement validé en septembre 2024 les chefs d'accusation, ouvrant ainsi la voie à ce procès tant attendu.

Un procès sensible qui mobilise les parties civiles

Classé « procès sensible », cette audience bénéficiera d'un soutien « organisationnel et financier » particulier. Pour Agathe Morel, avocate de l'association Enfance et partage, « c'est une première étape pour redonner un peu de dignité à cette fillette qui a perdu son identité ». Me Jean Sannier, avocat de la commune de Suèvres, souligne quant à lui l'impact profond de cette affaire sur la communauté locale : « chaque jour de plus sans jugement est un coup de plus donné à cette petite » à laquelle « toute une petite commune s'est attachée ».

Ce procès, qui interviendra presque quarante ans après les faits, représente un aboutissement judiciaire exceptionnel pour une affaire qui a marqué durablement la mémoire collective et posé des questions fondamentales sur les limites temporelles de la recherche de la vérité en matière criminelle.