Près de deux semaines après la mobilisation unanime d’Alès Agglomération en faveur du maintien de l’aérodrome d’Alès-Cévennes, la Chambre de commerce et d’industrie du Gard et la commune de Deaux ont repris la main. Face aux critiques, elles revendiquent une décision dictée par le droit, la gestion financière et un projet de territoire qu’elles présentent comme porteur d’avenir.
Un front commun pour défendre la vente
Le feuilleton de l’aérodrome de Deaux (Gard) est loin d’être terminé. Après le vote des élus d’Alès Agglomération, le 24 juin dernier, pour tenter de préserver la plateforme aéronautique, la réplique était attendue. Elle est venue, ce mardi 7 juillet, de la mairie de Deaux où le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Gard, Éric Giraudier, et le maire Didier Salles ont affiché un front commun pour défendre la vente du site et le projet de centrale photovoltaïque qui doit lui succéder.
Pendant près d’une heure et quart, les deux élus ont méthodiquement répondu aux arguments avancés ces dernières semaines, dénonçant des approximations, voire des contre-vérités, et revendiquant une démarche engagée depuis plusieurs années.
La CCI invoque ses obligations légales
Pour Éric Giraudier, le débat ne peut être réduit à un affrontement politique. Le président de la CCI affirme qu’en la matière, l’établissement public n’a fait qu’appliquer les obligations qui s’imposent à lui. « Une CCI ne peut ni brader son patrimoine, ni continuer à financer un équipement déficitaire avec l’argent des entreprises », rappelle-t-il.
La CCI insiste également sur le processus engagé depuis plusieurs années. Un appel à projets avait été lancé en juin 2022, avec une priorité clairement affichée : maintenir l’activité aéronautique à condition qu’une offre respecte l’évaluation des Domaines (aujourd’hui 2,68 millions selon la CCI). « Nous n’avons eu aucune proposition d’un montant légal qui maintiendrait l’activité de l’aérodrome », affirme Éric Giraudier. Selon lui, plusieurs manifestations d’intérêt ont bien existé, mais aucune n’a abouti à une proposition juridiquement et financièrement recevable.
Une activité aéronautique jugée marginale
Autre argument développé : l’activité même de l’aérodrome. Chiffres à l’appui, la CCI estime que la plateforme ne joue plus aujourd’hui de rôle économique. Sur les cinq premiers mois de l’année, 92 mouvements auraient été enregistrés, dont une majorité consacrée au ravitaillement d’avions privés. L’activité de loisirs représenterait une quinzaine d’aéronefs. Pour Éric Giraudier, il est donc inexact de présenter Deaux comme un outil indispensable au désenclavement du bassin alésien ou à la sécurité civile.
La commune assume un choix politique
À ses côtés, Didier Salles a revendiqué un projet mûri depuis près de dix ans. Depuis 2017, explique le maire, trois équipes municipales successives ont poursuivi le même objectif : permettre à la commune de devenir propriétaire du foncier afin de maîtriser durablement l’avenir de ce secteur. « Certains réduisent ce dossier à une opération financière. C’est faux », insiste l’élu.
Selon lui, la centrale photovoltaïque ne constitue qu’une partie d’un projet beaucoup plus large destiné à renforcer l’attractivité du territoire. Sur les 45 hectares concernés, environ 14 hectares accueilleraient des panneaux photovoltaïques, tandis que 21 hectares de forêt resteraient intacts. La production électrique couvrirait les besoins de 7 000 à 8 000 foyers.
Un projet multiservice
Le maire met également en avant les autres composantes du projet : une zone de recherche de 3 000 m² minimum consacrée aux innovations dans les énergies renouvelables, des partenariats avec les établissements de formation du territoire, notamment l’IMT Mines Alès, Purple Campus ou des lycées, ainsi qu’un espace pédagogique. Autour de la future centrale, un parcours de 3,5 kilomètres avec un parcours sportif est d’ores et déjà prévu.
Des retombées économiques mises en avant
La municipalité avance enfin des chiffres pour défendre la rentabilité du projet et espère convaincre les maires de l’agglomération de tourner casaque après le vote unanime de juin dernier. Pendant le chantier, estimé entre huit et quatorze mois, environ quatre millions d’euros pourraient bénéficier aux entreprises locales. Une cinquantaine d’emplois seraient mobilisés durant cette phase.
À plus long terme, les recettes fiscales sont évaluées à deux millions d’euros pour Deaux, 800 000 euros pour Vézénobres, huit millions pour Alès Agglomération et quatre millions pour le Département. « Ce projet ne coûtera pas un centime aux contribuables de Deaux », assure Didier Salles, qui affirme avoir étudié plusieurs scénarios de financement afin d’éviter tout impact sur les finances communales.
Un calendrier serré
Les promoteurs du projet espèrent à présent se mettre d’accord sur un compromis de vente pour le dernier trimestre 2026 ou le premier 2027, la vente finale à la commune ne devant être effective qu’après la procédure de déclassement du site qui devrait s’étaler jusqu’à la fin de l’année 2027, voire au début de 2028. « Le projet peut se faire dans les deux à quatre ans et il y aura des remontées immédiates dès le début des travaux », conclut le premier magistrat de la commune. Une prédiction qui impose une certitude : le dossier est encore loin d’avoir livré son dernier épisode.



