Assurance-vie : les fonds euro-croissance, une alternative méconnue mais prometteuse
Fonds euro-croissance : une alternative méconnue

Avec 2 100 milliards d’euros placés, les contrats d’assurance-vie représentent un véritable poids lourd de l’épargne en France. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d’un fonds en euros à toute épreuve, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observé depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours. Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d’autant qu’il finance à coups de milliards d’euros la dette de l’État et ses ambitions, notamment celles autour de la défense. Ce statut n’est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau. Pour un succès variable tant l’offre est désormais abondante et concurrentielle. D’autres préfèrent la fustiger, en mettant l’accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s’améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.

Les fonds euro-croissance : une troisième voie

Présentés comme la troisième voie de l’assurance-vie, à mi-chemin entre les fonds en euros garantis et les unités de compte risquées, les fonds euro-croissance n’ont pas connu le succès escompté. Les en-cours sous gestion restent bas, autour de 13 milliards d’euros, contre 1 400 milliards pour les fonds en euros classiques. Et seule une poignée d’assureurs en fait aujourd’hui la promotion. Pourtant, il y aurait au moins deux bonnes raisons de s’intéresser à cette solution financière.

Un profil de risque faible

Un, le profil de risque de ces produits, évalué par l’indicateur synthétique de risque (SRI), est faible, à un niveau de 2 ou 3 sur 7. Il est de fait peu susceptible d’afficher des pertes. Il inclut en outre une garantie en capital au terme, généralement dix ans.

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Des performances supérieures visées

Deux, les assureurs disent viser une performance annuelle supérieure de 1 à 2 points à celle du fonds en euros classiques. Corinne Calendini, directrice générale Vie Individuelle et IARD & Partenariats chez AXA France, explique : "Le fait de ne pas avoir de garantie au jour le jour nous donne la capacité de gérer de façon plus dynamique le fonds avec une recherche de performance de long terme via les actions notamment." Intéressant pour des épargnants français accros au sans-risque.

Des rendements effectifs encourageants

Dans les faits, ce pari est-il tenu ? Plus ou moins. Axa, promoteur phare de cette solution, affiche un taux moyen de 3,13 % pour 2025 après un modeste 2,57 % en 2024. Même constat à l’Agipi, dont le contrat géré par Axa a donné 3 % l’an passé. Nouveau venu sur ce marché, Allianz démarre fort, avec 3,26 %. Tous ces fonds croissance incluent une garantie du capital au bout de dix ans. À la Bred, la performance nette en 2025 va de 3,45 % pour une garantie à 100 % à douze ans à 5,77 % pour une garantie de 80 % à trente ans. Quant à Generali, son principal fonds croissance (G Croissance 2020, garantie à 80 %) a servi 3,40 % net l’an passé. C’est mieux que les fonds en euros classiques, y compris quand on observe les rendements sur trois à quatre ans.

Des résultats contrastés

Problème, dans le panel commercial, tout n’est pas aussi reluisant. La Banque Postale, dont le fonds croissance 100 - dotée d’une garantie totale à dix ans - (aux mains de CNP Assurances), a affiché un petit 1,86 % en 2025 (après 2,54 % en 2024). Surtout, le sort réservé aux fonds euro-croissance dont la commercialisation a cessé reste dissuasif. Illustrations avec les taux 2025 de quelques produits désormais dans les placards : 2,20 % pour l’ex-G Croissance de Generali, 2,16 % pour Afer Eurocroissance de l’association éponyme (et -1,51 % sur 5 ans !), et 0,47 % pour le fonds euro-croissance Projet Retraite de BNP Paribas Cardif. Depuis sa création en 2010, ce dernier ressort à 1,76 % net par an, soit moins qu’un fonds en euros classique (2,70 % en moyenne par an).

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Un malentendu sur la garantie en capital

Ce bilan mitigé permet de dénoncer un malentendu. La construction de l’euro-croissance repose sur le totem de la garantie en capital, si chère aux épargnants. C’est une illusion : que vaut un tel engagement à dix ans quand l’inflation sera passée par là ? Autre écueil, le montant garanti n’inclut pas les performances dégagées chaque année par le support, ce qui constitue une différence fondamentale avec le fonds en euros classique, dont les intérêts annuels viennent grossir le montant garanti par l’assureur (effet cliquet). Techniquement, toutes les plus-values d’un fonds euro-croissance restent donc latentes jusqu’à la sortie. C'est-à-dire qu’elles peuvent disparaître à l’occasion d’une mauvaise année. Cette réalité - dont les épargnants doivent être clairement informés, selon les recommandations de l’Autorité de contrôle (ACPR) - peut paradoxalement être mise à profit. Si le fonds affiche de bonnes performances, il est possible d’y effectuer un retrait ou un arbitrage pour dégager une belle plus-value plutôt que d’attendre son terme.