Abonnements fantômes : quand l'économie de l'abonnement pèse lourd sur le budget
Abonnements fantômes : l'économie de l'abonnement pèse sur le budget

Au cours des deux dernières décennies, un changement profond s’est opéré dans notre manière de consommer. Là où l’achat ponctuel dominait autrefois, un modèle s’impose aujourd’hui dans presque tous les secteurs : l’abonnement. Il s’accumule discrètement sur les relevés bancaires, se renouvelle automatiquement et est même parfois méconnu. Mais in fine, tous mis bout à bout, ils pèsent lourd sur le budget. Le problème des abonnements ne tient pas seulement à leur nombre, mais aussi à leur nature.

Des abonnements bien plus nombreux qu’on ne le pense

Début 2025, l’UFC-Que Choisir a mené une enquête révélatrice. « Lorsqu’on demande spontanément aux consommateurs combien d’abonnements ils possèdent dans leur foyer, indique Noé Bauduin, chargé d’études à l’Observatoire de la consommation de l’association, la réponse tourne en moyenne autour de 3 à 4 abonnements. Mais lorsqu’on les accompagne pour les recenser un à un, le chiffre grimpe à près de 6 abonnements en moyenne. » Autrement dit, les ménages ont presque deux fois plus d’abonnements qu’ils ne le pensent.

Cette méconnaissance a un impact direct sur le budget : les foyers estiment leurs dépenses d’abonnements à un peu moins de 100 euros par mois, alors que le montant réel dépasse en moyenne 150 euros mensuels. L’enquête de l’UFC-Que Choisir montre que 42 % des personnes interrogées reconnaissent avoir des abonnements peu ou pas utiles. Ces abonnements sont appelés « fantômes ».

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Quand l’abonnement remplace l’achat

Le modèle de l’abonnement s’étend désormais bien au-delà du numérique. « Face aux contraintes de pouvoir d’achat, l’abonnement apparaît comme une dépense plus accessible qu’un achat comptant », souligne Noé Bauduin. La voiture en est l’exemple emblématique : aujourd’hui, près d’une voiture neuve sur deux est acquise via un leasing, et non plus achetée directement. Ce lissage des dépenses réduit la perception du coût réel et favorise l’acceptation de charges mensuelles supplémentaires. Cette logique se retrouve aussi dans les paiements en plusieurs fois, qui s’apparentent parfois à de véritables abonnements déguisés.

Souscriptions non désirées et options cachées

Autre source de dérive : les souscriptions non désirées, particulièrement fréquentes dans la téléphonie. Options ajoutées par défaut, assurances, services annexes… autant de lignes qui peuvent faire gonfler la facture sans que le consommateur en ait pleinement conscience. Même si la législation impose désormais la résiliation en trois clics, « certains professionnels continuent de rendre la procédure peu visible ou peu intuitive, jouant ainsi sur la lassitude ou la méconnaissance des consommateurs », souligne le chargé d’études.

Liberté rime avec fidélité ?

Si l’économie de l’abonnement a longtemps prospéré sur l’oubli, elle a dû s’adapter face à des consommateurs devenus plus exigeants et sélectifs. Plutôt que de les enfermer, les services cherchent désormais à offrir plus de liberté, notamment en permettant de suspendre temporairement les abonnements. Cette flexibilité encourage les utilisateurs à revenir, montrant que finalement liberté et fidélité ne sont pas incompatibles.

Par ailleurs, certains abonnements restent attractifs lorsqu’ils répondent à un besoin pratique précis, comme les livraisons régulières de produits du quotidien. Dans ce cas, la simplicité, la personnalisation et le sentiment de contrôle renforcent la confiance des consommateurs. « Je préfère largement avoir le contrôle sur mes abonnements que d’être cloisonné dans un fonctionnement fixe. Les marques que j’utilise pour les couches de ma fille ou son lait me permettent de suspendre ou encore de modifier la date d’envoi », témoigne Lucille, 33 ans, maman d’une petite fille de 9 mois. Et d’ajouter : « À condition de ne pas oublier, mais des mails sont systématiquement envoyés pour prévenir que la commande va être expédiée. Charge à nous de les consulter et d’intervenir. »

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Ideel, la fintech française qui traque gratuitement les abonnements fantômes et les arnaques

Lancée en 2022, la marketplace française Ideel met en relation les détenteurs d’abonnements multi-utilisateurs avec ceux qui désirent un accès en contrepartie d’une fraction du prix. L’idée d’Ideel repose sur un constat simple : les consommateurs accumulent des abonnements, souvent sans en avoir une vision claire. Selon Quentin Musso, cofondateur de la plateforme créée en 2019, cette situation est à la fois liée à l’évolution des usages – « il y a de plus en plus de services qui passent par des abonnements » – et à un manque de consultation attentive des comptes bancaires par les utilisateurs. Résultat : une part importante des dépenses mensuelles peut échapper à la vigilance.

Une plateforme hybride : technologie et accompagnement humain

Ideel repose sur un fonctionnement hybride. La plateforme combine technologie et accompagnement humain. Concrètement, l’utilisateur commence par s’inscrire et définir ses objectifs. Trois grandes entrées sont proposées : analyser et optimiser ses contrats existants, résilier un abonnement précis et réaliser un diagnostic global de ses finances.

L’analyse automatisée des comptes bancaires

Le cœur du dispositif repose sur l’analyse des données bancaires. Grâce à des technologies d’open banking, l’utilisateur peut connecter ses comptes à la plateforme. Ideel accède alors à un historique de transactions pouvant aller de plusieurs mois à plusieurs années. « Des algorithmes ont été développés pour identifier les dépenses récurrentes », souligne Quentin Musso. Contrairement aux applications classiques de gestion budgétaire, Ideel ne cherche pas à catégoriser toutes les dépenses, mais se concentre sur un objectif précis : détecter les abonnements.

Détecter l’invisible : abonnements oubliés et prélèvements suspects

L’un des intérêts majeurs de la plateforme est sa capacité à révéler des dépenses invisibles. Ideel distingue notamment trois types de situations : les abonnements frauduleux ou trompeurs, les abonnements oubliés ou les abonnements toujours actifs mais peu ou pas utilisés. Grâce à une base de données enrichie au fil du temps, la plateforme peut identifier certains services connus pour générer des prélèvements récurrents, parfois à l’insu des utilisateurs.

Simplifier la résiliation

Une fois les abonnements identifiés, la plateforme facilite la résiliation, souvent perçue comme complexe ou chronophage, effectuant une résiliation en ligne ou par courrier recommandé. Dans ce dernier cas, la démarche est largement automatisée. L’utilisateur remplit quelques informations, et la plateforme génère puis envoie un courrier type. Un suivi est ensuite assuré (preuve de dépôt, réception, etc.), ce qui sécurise la procédure.

Au-delà de la résiliation : accompagner les litiges

Ideel ne s’arrête pas à la simple suppression d’un abonnement. Dans certaines situations, notamment en cas de prélèvements abusifs, la plateforme propose également des outils pour engager des démarches de remboursement. Des courriers de réclamation peuvent être générés, incluant un récapitulatif des prélèvements sur plusieurs mois. L’objectif est de « mettre une pièce dans la machine », précise Quentin Musso, c’est-à-dire enclencher une procédure qui pourra, si nécessaire, être prolongée par des démarches juridiques moyennant des frais moins onéreux qu’en circuit classique.

L’Open banking désigne l’accès aux données bancaires à d’autres acteurs que les seuls établissements de crédit teneurs de compte, avec le consentement du client.

Et si on partageait nos abonnements ?

Pour éviter de multiplier les dépenses liées à des abonnements utilisés de manière inégale, de nombreux consommateurs, comme Mateo, 35 ans, optent désormais pour le partage d’abonnements. Le jeune homme utilise la plateforme française Sharesub depuis près de trois ans. À l’origine, il y a eu recours pour suivre les matchs de football : « Chaque année, il faut souscrire à de nouveaux abonnements pour pouvoir regarder les différentes compétitions. Cela pouvait me coûter jusqu’à 50 euros par mois. Avec Sharesub, la facture a été divisée par deux. »

Une solution avantageuse pour tous, qui rappelle le principe du covoiturage. Le fonctionnement est simple : la plateforme met en relation des détenteurs d’abonnements familiaux avec des personnes souhaitant en profiter à moindre coût. Netflix, Canal +, Spotify… mais aussi la presse, les jeux vidéo, des logiciels comme Microsoft ou encore des applications de bien-être à l’instar d’iFit : l’offre s’est largement diversifiée. Sur Sharesub, le propriétaire de l’abonnement ne paie aucun frais et perçoit l’intégralité des contributions des co-abonnés. De leur côté, les participants règlent leur part de l’abonnement, à laquelle s’ajoutent des frais de fonctionnement de 5 % + 0,90 euro par paiement, déjà inclus dans le prix affiché. Le montant demandé correspond à une répartition du coût total entre les utilisateurs autorisés, définie lors de la création de l’annonce.

« De nombreux fournisseurs d’abonnements autorisent explicitement le partage d’abonnements entre membres d’un même foyer, voire avec des amis, et ce, sans restrictions majeures. En général, tant que l’utilisation reste raisonnable et respecte le nombre d’utilisateurs simultanés indiqué, le partage est autorisé. Sharesub facilite le respect de ces limites en intégrant des modèles avec un nombre prédéterminé de places autorisées pour chaque abonnement », explicite la plateforme.