La perte du label Jardin remarquable en 2022 a été un électrochoc pour la ville de Marmande. Élus, agents municipaux et citoyens se sont mobilisés pour redonner vie au cloître de Notre-Dame, un espace vert très prisé des touristes et emblématique du patrimoine local. Quatre ans plus tard, leurs efforts ont été récompensés par un autre prix prestigieux.
Un mal pour un bien
Élus et agents s'accordent à dire que la déconvenue de la perte du label Jardin remarquable en 2022 a finalement été bénéfique. Le parc, créé dans les années 1950 et labellisé depuis 2007, attirait des dizaines de milliers de visiteurs chaque année. Les jurés avaient alors noté un manque de précision dans les broderies et des haies manquantes, signe d'un entretien insuffisant. « Nous avons été meurtris à l'époque. Mais c'était un mal pour un bien qui nous a donné un coup de fouet pour nous reprendre », reconnaît aujourd'hui le maire Joël Hocquelet.
Un chantier d'ampleur
Un comité de pilotage d'une dizaine de personnes a été mis en place pour planifier la résurrection du jardin. Depuis deux ans, un chantier d'envergure a redessiné l'ensemble du jardin attenant au cloître, classé monument historique depuis 1875. La première phase a consisté à restaurer les quatre broderies du carré central dans un style topiaire, en s'inspirant d'éléments historiques locaux, tout en repensant les espaces fleuris. Une citoyenne, Françoise Abeillé, a même été associée à cette étape. Les allées, plus aérées, ont été recouvertes d'un mélange de sable filaire et de cailloux concassés pour faciliter l'accès aux personnes à mobilité réduite.
Lors de la seconde tranche, démarrée en octobre 2025, 38 ifs ont été arrachés et des buis malades enlevés. Des carrés de roses, provenant de la pépinière Da Ros à Fauillet, ont fait leur apparition. Trois arches conçues par un artisan local ont été installées pour former un tunnel de roses grimpantes. « Il manque encore quelques fleurs qui correspondent au camaïeu de couleurs choisi, mais nous avons là un jardin de roses et non une roseraie », précise Marie-Hélène Bonnauron, chargée du patrimoine. La fontaine a également été rénovée.
Un prix inattendu
Ces deux premières phases ont coûté près de 53 000 euros à la Ville et ont mobilisé les six jardiniers de la cité pendant deux ans. « Il y a un petit morceau de chacun dans ce renouveau, mais ce sont surtout eux qu'il faut louer », soulignent Françoise Verdier et Anne-Laure Gasser, adjointes à la culture et au patrimoine. Leur travail a porté ses fruits : le jardin a été lauréat en avril 2026 du « Prix du Jardin patrimonial d'Aquitaine » décerné par l'Association parcs et jardins d'Aquitaine (APJA) et la Fondation du patrimoine. Parmi 500 parcs de la région, l'association a été séduite par l'engagement collectif et le dynamisme de l'équipe. Quatre parcs étaient en lice, dont un en Dordogne. « La pyrale du buis avait fait des désastres et le choix de variétés tolérantes a été le bon, tout comme le plan du jardin. La restauration apporte une atmosphère apaisante et adaptée à la spiritualité des lieux, créant un nouveau pôle d'attraction pour Marmande », a jugé Guiral de Raffin, président de l'APJA, lors de la remise du prix le 29 avril.
Un marchepied vers le label
« On ne s'y attendait pas ! Cela représente un marchepied pour le retour du label Jardin remarquable », poursuit Marie-Hélène Bonnauron. Le prix est doté de 5 000 euros, qui seront versés dans le budget général et non dans les lignes culturelles. Mais les élues et la chargée de patrimoine insistent : Marmande ne court pas après le label. Il s'agit de prendre le temps nécessaire pour assurer une réhabilitation optimale. La Ville postulera pour retrouver son Graal quand tout sera prêt. « Si on doit attendre 2028, ce n'est pas grave », confirme Françoise Verdier. La troisième phase, qui concerne les terrasses et l'élagage des tilleuls, débutera à l'automne. « Nous avons des tonnes d'idées pour marier aspect historique et modernité, mais il faut que la main-d'œuvre puisse suivre nos choix : il faut trouver du beau, vivant et adaptable au climat », conclut Marie-Hélène Bonnauron.



