Crise du livre : jusqu'à -15% de chiffre d'affaires dans les librairies au premier trimestre 2026
Crise du livre : -15% de chiffre d'affaires dans les librairies

Jusqu'à -15% de chiffre d'affaires dans les librairies au premier trimestre 2026 : l'économie du livre souffre mais résiste. Avant les trois jours du salon de la Comédie du livre (22 au 24 mai) à Montpellier, les lecteurs se montrent plus frileux dans leurs achats.

Baisse des ventes et des fréquentations

Alors que s'est ouverte la Comédie du livre à Montpellier, le premier trimestre a été rude, en particulier en Occitanie. Les petites librairies, plus souples, tiennent mieux le choc. Après s'être redéployé dans l'intimité confinée du Covid, le marché du livre se referme à nouveau sous l'étau cumulé de la crise du pouvoir d'achat et d'un numérique qui prend peu à peu le pas sur le papier.

Les grandes enseignes en difficulté

Les grandes enseignes ne sont pas celles qui en souffrent le moins : les librairies Gibert viennent d'être placées en redressement judiciaire, sans que cela n'impacte le magasin de Montpellier, indépendant et non concerné par la mesure. C'est surtout le cas de Sauramps qui inquiète alors que s'ouvre la Comédie du livre. L'enseigne historique du Clapas, dont les rayons se vident dans l'attente d'une solution de l'actionnaire, sera absente pour la première fois des trois jours de dédicace prévus à partir du vendredi 22 mai aux jardins du Peyrou.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« On n'a pas de visibilité », confie un cadre. Le 21 avril dernier, la direction a publié une pétition en ligne afin d'interpeller le plus largement possible le propriétaire du bâtiment qu'elle loue, tout près de la Comédie, pour réclamer des travaux de mise aux normes de locaux jugés « vétustes ». Les pertes cumulées de l'enseigne, déjà reprise en 2017, s'élèveraient à 3,5 millions d'euros.

Un contexte économique difficile

La crise sanitaire et les confinements successifs avaient paradoxalement redonné des couleurs au livre en France, avec un chiffre d'affaires reparti à la hausse jusqu'en 2023. Puis une rechute, confirmée et même accentuée en ce début d'année par le contexte international et le choc pétrolier.

« Les gros libraires souffrent davantage car ils ont plus de charges », explique Alexandre Syssau, patron de la librairie de l'Avenir à Sommières. « On a vraiment l'impression que même quand les gens ont envie d'un bouquin, ce n'est pas leur préoccupation principale. C'est évidemment lié au contexte et cela se ressent sur le panier moyen et la fréquentation, même le samedi, jour de marché. Sur les ventes de livres, je dirais qu'on est à moins 15%. On compense sur la papeterie et les achats de bibliothèques. »

Même ressenti pour Stéphane Savajols à la librairie Le Papyrus de Marvejols : « Je pense que les gros libraires historiques souffrent davantage car ils ont plus de charges en termes de salaires, de loyers en ville. Nous, petits indépendants, nous résistons mieux grâce à la diversification de nos activités – papeterie, cadeaux, point relais –. Cela et la fidélité de la clientèle limitent notre baisse de chiffre à 5% sur le premier trimestre alors que certains confrères qui ne font que du livre sont à – 15%. »

Le développement du livre d'occasion

Le Lozérien pointe « la concurrence très rude d'Amazon » et l'explosion du livre de seconde main : « Des associations en proposent à la vente et le nombre de salons de l'occasion se développe. » Pour Alexandre Syssau, le phénomène est aussi lié à « une trop grande masse de sorties (plus de 6 000 par mois), qui noie les bons livres dans la masse. Les gens se tournent naturellement vers l'occasion qui concerne maintenant des livres sortis depuis parfois moins de trois mois. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Best-sellers 2025

Quels sont les auteurs français ayant vendu le plus d'exemplaires en 2025 ? Selon le palmarès dévoilé par nos confrères du Figaro, Virginie Grimaldi arrive en tête avec 1,3 million de livres vendus, dont son dernier opus « Les heures fragiles » (Flammarion). Elle devance une autre auteure, Morgane Moncomble, dont les romances (Hugo Roman éditions) se sont écoulées à 900 000 exemplaires. David Foenkinos complète le podium (800 000 exemplaires) avec ses romans « feel good » dont le dernier opus, « Tout le monde aime Clara » (Gallimard). Autre poids lourd du roman français, Mélissa da Costa le talonne avec 750 000 exemplaires vendus. Suivent les cadors du thriller francophone, emmenés par Franck Thilliez (700 000), porté par son dernier « Noferville », Joël Dicker (625 000) qui a sorti « Un animal sauvage », Michel Bussi (480 000) avec ses « Ombres du monde » et Olivier Norek (450 000). L'ancien policier a signé une performance de haut vol avec « Les guerriers de l'hiver », son premier ouvrage non policier qui évoque la résistance héroïque de l'armée finlandaise en 1939 face à celle de Staline. Nominé pour le Goncourt, il a obtenu le Renaudot des lycéens. Marie-Bernadette Dupuy (550 000) et Laurent Mauvignier (500 000) complètent ce top 10. Ce dernier avec le Goncourt 2025, « La maison vide ».

Situation en Occitanie

En Occitanie, le chiffre d'affaires cumulé des libraires s'était déjà effondré de 15% en deux ans (61 millions d'euros contre 70 en 2023). « On est 3 à 4% au-dessus de la perte de CA observée au national », précise Marc Bernard, chargé de mission économie du livre à l'Agence unique Occitanie culture, un organisme financé par la Région et la Drac et qui épaule et conseille les professionnels dans leur installation et leur activité.

Une des régions les mieux pourvues en libraires

Le nombre de points de vente (278) a toutefois continué d'augmenter légèrement ces derniers mois avec encore une douzaine de créations, notamment dans l'Hérault (6) et les PO (4), en particulier dans le tissu rural et périurbain. « On a observé une vague de créations pendant et juste après la pandémie Covid puis ça s'est stabilisé, précise Marc Bernard. Notre région fait partie des mieux pourvues en librairies avec la Bretagne et l'Auvergne. Cela laisse peu de zones blanches. »

Selon l'économiste, la crise structurelle qui secoue actuellement le monde du livre, sur fond de rachat et de concentration des éditeurs, va privilégier « un nouveau modèle de librairies avec peu de charges et un stock de livres réduit pour gagner en souplesse ».

Le prix unique du livre en question ?

Certains observateurs pointent du doigt le prix unique du livre en France qui, à force de surprotéger le livre et les points de vente, finirait par aggraver la chute du marché. Chez nous, le développement de la version électronique serait notamment freiné par un prix très proche de celui du papier lors de la première année d'édition. Au Royaume-Uni, le numérique représente un tiers du marché. Selon certaines études, un quart des Français envisagent de réduire encore leurs dépenses culturelles en 2025.

« Les petites structures comme les nôtres ont des fonds de roulement qui permettent de compenser momentanément avec la trésorerie, conclut Alexandre Syssau, à Sommières. On arrive encore à se payer. Mais si le tourisme n'est pas au rendez-vous cet été, l'impact se fera sentir également. »

« Le monde de l'édition est secoué par une grande mutation, ajoute Stéphane Savajols, fataliste. Il faut faire le dos rond en espérant des jours meilleurs. »