Installé dans un ancien chai à Lignan-de-Bordeaux, le plasticien Benjamin Begey, alias Billgraben, prépare une exposition monumentale composée de 80 000 volants de badminton. Entre fragilité et résilience, le Lignanais explore la poésie de la matière à travers son propre parcours de vie.
Un artiste inclassable
Benjamin Begey est-il inclassable ou iconoclaste ? Hier vidéaste et performeur, aujourd’hui plasticien en art visuel… En 2011, le Lignanais a procédé à sa première collecte de volants de badminton, fasciné par les objets qui réagissent à l’eau et au vent. Avec les matières en plumes de canard et liège, l’artiste décèle un indéniable potentiel artistique à exploiter. « À l’époque je pratiquais le badminton et on m’avait offert un livre sur le feng shui. En une semaine tous les éléments, sportifs et artistiques, se sont alignés », se souvient-il.
Pour marquer le coup, il se pare du nom de Billgraben, emprunté à un site de sa Suisse natale, Illgraben, un cirque rocheux qui s’effondre et au pied duquel se trouve un pont installé pour relier les peuples des montagnes. Avec comme mantra le rapport au développement durable et le souci de l’environnement, le mélancolique assumé se fait un nom grâce à ses œuvres, au point d’être très sollicité.
Exposition à Lormont
À ce titre, une exposition intitulée « Born to Billgraben » lui sera consacrée au centre culturel et sportif du Bois Fleuri à Lormont, du 19 septembre au 24 octobre. Sur 168 mètres carrés de surface, il sera question d’une marche méditative dans un grand jardin avec, pour point de départ, un glacier de plumes et comme destination finale l’écume de l’océan, l’ensemble composé de 80 000 volants. Récupération et valorisation des volants de badminton sont au cœur de la prochaine exposition de Billgraben.
Le quadragénaire cogite actuellement dans son atelier, un ancien chai viticole, où il explore le thème de la vulnérabilité. Car en la matière, l’homme sait ce qu’il en est suite à un sérieux accident de circulation en 1999 où il a laissé dents et jambes. Au prix d’un long parcours, il a retrouvé l’usage de tout ce qu’il a perdu. Fragilité et robustesse constituent désormais le quadragénaire pétri de paradoxes, déclamant « ne comprendre l’existence que de manière poétique ». Telle une offrande à la vie, « ma deuxième » dit-il, il prévoit une performance consistant à partir, à pied et de nuit, de l’hôpital Pellegrin jusqu’au lieu de l’impact, au Piraillan.



