La décollecte des livrets réglementés se poursuit en France. Selon les derniers chiffres de la Caisse des dépôts, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont enregistré une nouvelle baisse de leurs encours au mois d'avril. Les épargnants continuent de retirer leur argent de ces supports, attirés par des placements plus rémunérateurs, notamment l'assurance-vie.
Un transfert massif vers l'assurance-vie
L'assurance-vie, en particulier les fonds en euros, bénéficie de ce mouvement. Les assureurs constatent une augmentation significative des versements nets. En avril, la collecte nette de l'assurance-vie a atteint un niveau record, portée par des rendements attractifs et une fiscalité avantageuse. Les épargnants cherchent à sécuriser leur épargne tout en obtenant un meilleur rendement que celui des livrets réglementés, dont le taux est gelé à 3% depuis février 2024.
Un contexte de taux d'intérêt élevés
Cette tendance s'explique en partie par le contexte de taux d'intérêt élevés. Les fonds en euros de l'assurance-vie proposent des rendements moyens autour de 2,5% à 3%, tandis que les livrets plafonnent à 3%. Cependant, l'assurance-vie offre une plus grande flexibilité et une diversification des supports. Les unités de compte, investies en actions ou obligations, permettent de viser des performances supérieures, mais avec un risque de perte en capital.
Les livrets réglementés en perte de vitesse
Le Livret A, produit d'épargne préféré des Français, voit son encours diminuer pour le troisième mois consécutif. En avril, la décollecte nette s'élève à 2,1 milliards d'euros, après 1,8 milliard en mars. Le LDDS suit la même tendance avec une baisse de 800 millions d'euros. Au total, depuis le début de l'année, les livrets réglementés ont perdu près de 10 milliards d'euros.
Les raisons de cette désaffection
Plusieurs facteurs expliquent ce désamour pour les livrets. Le taux du Livret A est bloqué à 3% jusqu'en février 2025, alors que l'inflation reste supérieure à ce niveau, ce qui réduit le pouvoir d'achat de l'épargne. Par ailleurs, les banques multiplient les offres promotionnelles sur l'assurance-vie, avec des primes de bienvenue et des frais réduits. Enfin, la perspective d'une baisse des taux d'intérêt à moyen terme incite les épargnants à verrouiller des rendements élevés sur des durées plus longues.
L'assurance-vie, grand gagnant
L'assurance-vie confirme son statut de placement préféré des Français. En avril, la collecte nette atteint 3,5 milliards d'euros, dont 2 milliards sur les fonds en euros et 1,5 milliard sur les unités de compte. Sur les quatre premiers mois de l'année, l'assurance-vie a attiré 15 milliards d'euros nets, soit une hausse de 25% par rapport à la même période en 2023. Les assureurs estiment que cette tendance devrait se poursuivre, portée par la recherche de rendement et la stabilité du cadre fiscal.
Un impact sur le financement de l'économie
Cette évolution a des conséquences sur le financement de l'économie. Les fonds collectés par l'assurance-vie sont en partie investis en obligations d'État et en actions d'entreprises, ce qui soutient le financement de l'économie française. En revanche, les sommes déposées sur les livrets servent principalement à financer le logement social et les collectivités locales via la Caisse des dépôts. La baisse des encours des livrets pourrait donc réduire les capacités de financement de ces secteurs.
Les perspectives pour les épargnants
Pour les épargnants, le choix entre livrets et assurance-vie dépend de leur horizon de placement et de leur aversion au risque. Les livrets offrent une liquidité immédiate et une garantie totale du capital, tandis que l'assurance-vie propose des rendements potentiellement plus élevés mais avec un blocage des fonds sur une durée minimale de huit ans pour bénéficier d'avantages fiscaux. Dans un contexte de taux d'intérêt élevés, l'assurance-vie semble plus attractive, mais les experts rappellent l'importance de diversifier son épargne.
En conclusion, l'hémorragie des livrets réglementés au profit de l'assurance-vie reflète une recherche de rendement accrue de la part des épargnants français. Cette tendance, amplifiée par le blocage des taux des livrets et les offres promotionnelles des assureurs, devrait se poursuivre dans les mois à venir, avec des implications pour le financement de l'économie et la stratégie d'épargne des ménages.



