De militaire à berger : le parcours hors-norme de Frédéric Bellanger
De militaire à berger : le parcours hors-norme de Frédéric Bellanger

La poigne est ferme, le cuir de la main tanné par le soleil et le labeur. C’est là la seule rudesse de Frédéric Bellanger, le militaire devenu berger des collines de Tourrette-Levens. Sous son feutre noir, le regard est vif, le verbe facile. À 58 ans, l’homme au grand bâton ne s’est pas contenté d’une seule vie ; il les a collectionnées comme autant d’engagements.

Un gradé au milieu des oliviers

Cet ancien élève de l’école d’officiers supérieurs de Saint-Cyr a porté les galons de commandant au 3e Rima de Vannes. Bosnie, Rwanda, Djibouti… l’infanterie de marine l’a mené aux quatre coins du globe avant qu’il ne pose ses valises comme commandant de bataillon adjoint à l’école des sous-officiers de Saint-Maixent. Mais la retraite militaire n’était qu’un prélude. Après avoir tenu boutique de produits oléicoles dans le Vieux-Nice et veillé sur des élèves surdoués du cours Michelet, à Nice, en tant que surveillant général, Frédéric a choisi de marcher dans les pas de ses grands-parents agriculteurs. Depuis quinze ans, dans sa bergerie de l’Abadie, sa vie est rythmée par son troupeau de 120 brebis et ses oliviers.

« Pitchounes » et patois

Dès 7 heures du matin, il crapahute entre les versants du Réboisat et de Camp Soubran. À ses côtés, Jazz, le border collie, et Black, un patou ronchonneur qui retrouve vite son calme, à qui Frédéric s’adresse en patois. Dans son troupeau, chaque bête a sa place. Il y a les numéros, pour la gestion, et les noms de cœur, « comme la grosse Duduche, toute gentille ». Les agneaux, eux, sont ses « pitchounes ». Au stress, il préfère la sérénité du mouvement : « Ce sont des bêtes à viande, pourquoi les gérer en les stressant ? Autant le faire détendu. » Les bêtes, une fois à maturité, sont cédées à des négociants installés dans les Alpes-de-Haute-Provence.

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Entre loups et climat

Ce métier, Frédéric l’aime viscéralement, même s’il ne laisse que peu de répit. « C’est 51 semaines travaillées sur 52 ! » Financièrement, il s’en sort avec sa retraite militaire et un revenu agricole de 700 à 800 euros par mois. « Si j’ajoute les olives, c’est plus », précise-t-il. Pourtant, l’horizon s’assombrit parfois. Le changement climatique avance l’heure des récoltes. Préoccupant. « Avant, la récolte des olives ne se faisait jamais avant Noël… Maintenant, c’est dès la Toussaint et souvent elles sont déjà mûres ! » Et puis, il y a l’ombre du loup. Une famille s’est installée à proximité. Frédéric montre, sur son téléphone, l’image d’un agneau dépecé malgré la présence des chiens. « Nous avons voulu les réintégrer. OK, mais je ne suis pas éleveur de brebis pour nourrir les loups ! S’ils viennent à mon contact, je défendrai mes bêtes. » Depuis un arrêté du 23 février 2026, le loup reste une espèce protégée en France mais son régime de gestion a été assoupli. Des tirs peuvent être autorisés pour défendre les troupeaux, selon des procédures simplifiées. En revanche, un éleveur ne peut pas abattre un loup librement de sa propre initiative : les tirs doivent s’inscrire dans un cadre réglementé (autorisation préalable ou dispositifs encadrés).

Le culte des anciens

Rural cérébral, capable de conseiller une lecture entre deux réflexions sur la société, Frédéric ne compte pas ses heures. Depuis sept ans, il préside la section locale des anciens combattants. « J’ai le culte des ancêtres », sourit-il. Il n’oublie jamais Lucien Mège père, et sa femme Andrée, ceux qui lui ont tout appris du métier de berger. Le conseil de Lucien reste sa boussole : « Sois au service de tes bêtes ! »

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