Quatre ans après son Grand Prix du jury pour Close, Lukas Dhont est de retour en compétition à Cannes avec un projet hors norme : Coward. Le film raconte l’histoire de Pierre (Emmanuel Macchia), un jeune soldat débarquant dans les tranchées, où il retrouve Francis (Valentin Campagne), plus expérimenté et artistique. Francis dirige les « Rejetés », une troupe théâtrale qui propose des spectacles et cabarets sur la ligne de front pour offrir aux soldats une évasion. Dans la boue d’une guerre atroce, Pierre et Francis se rapprochent.
Un regard inédit sur la Grande Guerre
Pour la première fois, le réalisateur belge explore la Première Guerre mondiale, tout en continuant à s’intéresser aux rapports humains. Le film est humain, complexe, porté par un duo bouleversant. Les scènes de cabaret sont poignantes, tout comme celles d’intimité. « On vit dans un monde qui met en avant les images de la brutalité, de la destruction, et rarement ces images d’une expression émouvante », explique Lukas Dhont.
L’inspiration derrière le film
L’idée est née à Paris, dans une librairie, où Dhont a découvert une photo en noir et blanc de jeunes soldats utilisant des boîtes de munitions pour créer une scène. Ils dansaient, vêtus de jupes confectionnées avec des sacs de sable et des bijoux fabriqués avec des balles. En discutant avec des historiens, il a appris que, dans toutes les armées à travers les siècles, les hommes ont utilisé leurs outils de destruction pour créer de l’art, cherchant une échappatoire. « J’ai trouvé cela inspirant et cela confortait mon idée du devoir de mémoire. On a beaucoup filmé la guerre, mais je n’avais rien vu sur ces troupes de théâtre du front. »
Un duo magnétique
Pour le rôle de Pierre, fils de paysan, Dhont a visité des écoles d’agriculture en Belgique. C’est là qu’il a rencontré Emmanuel Macchia, qui chuchotait et n’osait pas utiliser sa voix pleinement, correspondant au personnage. Pour Francis, extraverti et incontrôlable, le réalisateur cherchait un danseur ou chanteur. « Ce n’était pas le plus grand chanteur, mais l’imperfection peut être bien plus intéressante. La combinaison de ces deux énergies crée le champ magnétique nécessaire à une histoire d’amour. »
La violence hors champ
Dhont a choisi de ne pas montrer la guerre directement, mais d’en montrer les conséquences. « Pour comprendre leur réalité, il faut montrer à quel point ils étaient poussés vers la violence et comment ces revues étaient une échappatoire. On a besoin de l’un pour comprendre l’autre. Nous avons gardé la violence hors champ pour créer de l’espace pour la sensualité, l’intimité et la vie. »
La question de la lâcheté
Le titre Coward (Lâche) est choisi pour son poids et son sens péjoratif. « Le film parle de la peur de l’ennemi, de la mort, mais aussi de la peur des choses qu’on ressent et qu’on n’ose exprimer. Il repose la question du courage et de la manière dont la société a défini la lâcheté liée au combat. C’est plus une question qu’un jugement. »
Notre avis : 4/5. En salles prochainement.



