« Nope » : Jordan Peele déconstruit l'Amérique carnassière
« Nope » : Jordan Peele déconstruit l'Amérique carnassière

Le nouveau film de Jordan Peele, « Nope », diffusé ce dimanche 28 juin à 20h50 sur Ciné+ Frisson, est un thriller doublé d'une critique acerbe de la société du spectacle. Le réalisateur de « Get out » (2017) et « Us » (2019) y poursuit son exploration des fractures américaines, cette fois à travers une métaphore politique centrée sur la domestication animale et la quête effrénée de gloire.

Un film qui commence par une scène choc

Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans l'étrange : un chimpanzé erre dans le décor ravagé d'une sitcom, puis le père d'O. J. Haywood, juché sur son cheval, est transpercé par une pluie d'objets tombés du ciel. Ces deux scènes de violence énigmatiques sont liées par un syndrome : une soif inextinguible de domination, un « mal vieux comme l'Amérique » selon Guillaume Loison, critique de TéléObs.

Jordan Peele, connu pour ses sketchs politiques à la télévision, raconte un pays fracturé par un racisme endémique. Il fait voler en éclats la surface policée d'une réalité sociale au bord de l'implosion. « Nope » pousse d'un cran la métaphore politique en considérant la domestication animale comme le premier des péchés originels, une marche forcée qui tient lieu de simulacre de normalité, mais dont les conséquences ont l'effet d'une bombe à retardement.

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La mythologie américaine déconstruite

Le titre « Nope » (variante familière de « no »), que répètent régulièrement les personnages, s'apparente à un refus épidermique déclenché par la colère ou le désespoir. Peele déconstruit la mythologie américaine avec autant de fun que d'habileté. La conquête de l'Ouest, symbolisée par le cadre du film – une plaine pelée aux confins de Hollywood – n'est plus l'apanage des colons blancs, mais celui de leurs chevilles ouvrières : les Haywood, dresseurs (noirs) de chevaux au bord de la faillite, et Ricky « Jupe » Park, ex-star de télé (asiatique) reconverti en gérant de parc d'attractions.

En imaginant un Moby Dick du troisième type zoner sur leur territoire commun, Peele pousse ses personnages dans leurs retranchements carnassiers. Pour eux, il s'agit moins de sauver leur peau que de filmer au plus près cette menace venue d'ailleurs pour en tirer gloire et richesse. « Chasser le plan parfait : voilà qui en dit long sur l'ambition et la beauté de Nope », écrit Guillaume Loison.

Un casting et une diffusion

Le film, sorti en 2022, dure 2h10 et met en scène Daniel Kaluuya, Keke Palmer et Steven Yeun. Il est également disponible à la demande sur myCANAL. La critique souligne que Peele, avec « Nope », confirme son talent pour mêler horreur, satire sociale et réflexion sur les mythes américains.

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