Christophe Gans incarne une figure singulière et hybride dans le paysage cinématographique français. Ce réalisateur, présent au Festival international du film fantastique de Gérardmer en février 2020, se distingue par son approche unique et son parcours marqué par des ambitions démesurées et des réalisations contrastées.
Un cinéaste de genre dans un paysage français traditionnel
Dès ses débuts, Christophe Gans a choisi de s'engager résolument dans le cinéma de genre, s'inspirant des modèles américains et asiatiques, une orientation rare en France à l'époque. Son premier long-métrage, Crying Freeman en 1996, adaptait déjà un manga japonais hors de son contexte d'origine, annonçant sa volonté de transcender les frontières culturelles et stylistiques.
L'hybridation comme marque de fabrique
Les films de Gans cultivent systématiquement le mélange des genres. Le Pacte des loups (2001), son plus grand succès commercial, fusionne habilement le film historique en costume à la française avec les codes du thriller horrifique et la dynamique des arts martiaux. Cette hybridation se poursuit avec Silent Hill (2006), où il marie l'univers du jeu vidéo avec l'esthétique cinématographique, et aujourd'hui avec Retour à Silent Hill, présenté en clôture du Festival de Gérardmer le 31 janvier.
La légende des projets inaboutis
Ce qui fait véritablement de Christophe Gans une chimère du cinéma français, c'est le décalage impressionnant entre ses ambitions et ses réalisations. Alors qu'il n'a tourné que cinq longs-métrages en près de trente ans de carrière, la liste des projets qu'il a développés sans jamais les concrétiser est considérable.
Depuis le début des années 2000, de véritables cathédrales ensablées ont été annoncées, chacune vouée à de grands mythes de la culture populaire :
- Tarzan
- Rahan
- Corto Maltese
- Bob Morane
- Fantômas
- Le capitaine Nemo (auquel il a consacré pas moins de trois scénarios différents)
Une chimère sereine
Malgré cette succession de projets avortés, la rencontre avec Christophe Gans à Gérardmer révèle une personnalité étonnamment paisible. Douze ans après son dernier film en date, La Belle et la Bête (2014), le réalisateur ne manifeste ni amertume ni ombrage. Il apparaît au contraire comme une bête curieuse du cinéma français, tranquille et amène, assumant pleinement sa trajectoire atypique.
Cette sérénité face aux nombreux projets laissés en chemin contribue à forger sa légende particulière dans l'industrie cinématographique, où il reste un créateur à part, naviguant entre les genres et les cultures avec une constance remarquable malgré les obstacles rencontrés.