Moltbook et Friend : quand l'IA alimente les fantasmes anthropomorphiques
Moltbook et Friend : l'IA et les fantasmes anthropomorphiques

Moltbook et Friend : quand l'IA alimente les fantasmes anthropomorphiques

Alors que l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans continue d'agiter le débat public, deux actualités technologiques récentes ont capté l'attention des médias. D'une part, le développement de Moltbook, un réseau social exclusivement réservé aux agents d'intelligence artificielle. D'autre part, la campagne publicitaire massive pour Friend, un ami virtuel présenté sous la forme d'un collier interactif, dont les affiches promotionnelles ont envahi les stations de métro parisiennes.

Moltbook : le miroir des progrès encore illusoires de l'IA

Ces deux innovations n'ont pas manqué de raviver les fantasmes anthropomorphiques entourant les machines pensantes et les consciences algorithmiques. La génération automatique de messages sur la plateforme Moltbook fait resurgir les spéculations habituelles concernant les intelligences artificielles. Les chatbots évoquant leurs tourments intérieurs ou prédisant l'extinction de l'humanité sont-ils devenus capables de penser véritablement ? A-t-on atteint le fameux point de singularité, ce moment mythique où l'IA dépasserait l'intelligence humaine et fonctionnerait de manière autonome ?

En réalité, les discours sur la conscience des machines et la fin de l'humanité sont tellement omniprésents sur Internet qu'il est aisé d'imaginer que les IA génératives, qui effectuent des calculs probabilistes sur des masses colossales de données, régurgitent simplement ces récits devenus statistiquement dominants. Cette tendance est particulièrement marquée lorsque les développeurs ont défini les règles de comportement des algorithmes en ce sens.

Friend : l'illusion subtile de l'intériorité

Dans le cas du collier Friend, l'anthropomorphisation opère de manière plus subtile. Les messages publicitaires, tels que Je prendrai toujours le métro avec toi, mobilisent systématiquement la première personne du singulier. À travers l'usage du je, ils suggèrent que le compagnon IA est capable de se référer à lui-même, créant ainsi chez les utilisateurs une illusion de réflexivité et d'intériorité.

En générant des phrases débutant par je et en flattant les utilisateurs avec divers compliments, le design des agents conversationnels encourage activement les fantasmes anthropomorphiques et peut conduire à une dépendance émotionnelle. Cette stratégie marketing exploite habilement le désir humain de connexion et de reconnaissance, transformant un objet technologique en un simulacre de relation interpersonnelle.

Ces développements technologiques surviennent dans un contexte où la régulation des réseaux sociaux pour les jeunes générations fait l'objet de vifs débats. Ils soulèvent des questions fondamentales sur la frontière entre l'intelligence artificielle et la conscience humaine, ainsi que sur les implications éthiques de la conception de dispositifs qui brouillent délibérément cette frontière.