ExoMars : la quête de vie martienne se prépare à Cannes
Dans les salles blanches de Thales Alenia Space à Cannes, le silence règne. Pourtant, derrière les parois immaculées, se joue une question vieille comme l'humanité : y a-t-il déjà eu de la vie sur Mars ? À plus de 200 millions de kilomètres de la Terre, la planète rouge continue de fasciner. Mais avant que le rover européen Rosalind Franklin ne parte forer le sous-sol martien à la recherche de traces biologiques, c'est sur la Côte d'Azur qu'une partie de l'aventure se construit.
Les modèles structurels de la mission ExoMars 2028 viennent d'achever une campagne d'essais décisive à Cannes, une étape incontournable avant le lancement prévu à la fin de l'année 2028. « C'est un projet qui fait rêver. Des programmes comme celui-ci, on n'en rencontre que très peu au cours d'une carrière », confie Jean-Philippe Chambelland, responsable du programme ExoMars pour Thales Alenia Space en France.
Cannes, première étape du voyage vers Mars
Dans les bâtiments cannois, les équipes ne travaillent pas encore sur le rover qui foulera le sol martien, mais elles éprouvent sa future monture. Le modèle structurel testé ces dernières semaines reproduit fidèlement l'architecture du véhicule spatial qui transportera Rosalind Franklin jusqu'à Mars. « Pendant neuf semaines, le modèle structurel a été soumis à une série d'essais vibratoires et acoustiques reproduisant les contraintes du lancement. Les résultats sont conformes à nos attentes », explique Magali Cornu, responsable de la campagne d'essais.
L'objectif est simple : identifier le moindre défaut avant la fabrication définitive du modèle de vol. « Si une anomalie apparaissait, il faudrait revoir certains éléments de conception avant de poursuivre le programme, donc on doit identifier le moindre risque le plus tôt possible », poursuit-elle. À Thales Alenia Space, les moyens techniques sont mis en œuvre pour recréer des environnements impossibles à trouver naturellement sur Terre. « Nous disposons de 15 000 m² de salles propres qui nous permettent de recréer des environnements très éloignés de ceux de la Terre », souligne Yvan Baillon, directeur des affaires européennes de Thales Alenia Space.
Les essais ne s'arrêtent pas aux vibrations du lancement. Les ingénieurs reproduisent également les écarts thermiques extrêmes, le rayonnement solaire ou encore les longues phases d'éclipse que rencontrera le véhicule au cours de son périple interplanétaire.
« ExoMars cherchera des traces de vie enfouies »
L'objectif scientifique de la mission est, lui aussi, hors norme. Contrairement à d'autres rovers déjà présents ou passés sur Mars, Rosalind Franklin ira chercher des indices là où aucun véhicule n'a encore exploré. Équipé d'une foreuse capable d'atteindre deux mètres de profondeur, le rover prélèvera des échantillons protégés des radiations qui bombardent en permanence la surface martienne. « À cette profondeur, le sous-sol martien est mieux protégé des radiations. Si des traces biologiques existent encore, c'est là qu'elles ont le plus de chances d'avoir été préservées », explique Yvan Baillon.
Les scientifiques cibleront des zones où de l'eau liquide a pu être présente dans un passé lointain. Une fois les prélèvements réalisés, les échantillons seront analysés directement sur place grâce à un laboratoire miniaturisé embarqué dans le rover. « ExoMars ne remplacera pas Curiosity. Les deux rovers ont des objectifs scientifiques différents. Là où Curiosity étudie principalement l'environnement martien, ExoMars cherchera des traces de vie enfouies sous la surface », précise encore le responsable.
Le programme s'inscrit dans la continuité du satellite Trace Gas Orbiter (TGO), lancé en 2016 et toujours en activité autour de Mars. Celui-ci assurera notamment la transmission des données scientifiques vers la Terre.
Une chaîne industrielle sous haute exigence
La robustesse du système ne se joue pas uniquement dans les salles d'essais. Elle repose aussi sur une longue chaîne industrielle européenne, coordonnée par Thales Alenia Space. « Nous travaillons systématiquement sur les scénarios les plus défavorables », explique l'ingénieur mécanicien Virgile Lonziano, basé chez Thales à Turin. « Nous appliquons des marges de sécurité importantes afin de garantir la robustesse de la mission. »
Le TGO, déjà en orbite, illustre cette logique de continuité. « Le satellite Trace Gas Orbiter verra sa durée de vie prolongée afin d'assurer la transmission des données du rover vers la Terre pendant toute la mission », ajoute-t-il. Même en cas de défaillance, d'autres satellites partenaires pourraient assurer le relais.
Seulement une étape
La phase actuelle n'est pourtant qu'une étape. Après Cannes, les modèles seront soumis à de nouveaux essais à Turin, avant la qualification du modèle de vol final. Le calendrier, lui, ne laisse aucune marge. « Si nous manquons la fenêtre de tir de 2028, il faudra attendre deux ans avant de pouvoir repartir vers la planète rouge », rappelle Yvan Baillon.
Dans les prochains mois, c'est le modèle de vol entièrement intégré qui rejoindra à son tour les salles cannoises pour une nouvelle série d'essais décisifs avant le lancement. Et quelque part, à des millions de kilomètres, la planète rouge continue d'attendre une réponse que l'Europe espère enfin pouvoir apporter.



