Toute personne raisonnable aurait abandonné, mais pas elle. Lindsey Vonn insiste pour participer, ce dimanche 8 février, à la descente des Jeux olympiques d'hiver à Cortina d'Ampezzo, en Italie. La compétition sera diffusée à partir de 11 h 30 sur France 2 et Eurosport.
Un retour gâché par une chute dramatique
Avant ce maudit 30 janvier, la skieuse américaine de 41 ans avait toutes les raisons de vouloir y prendre part. Revenue à la compétition fin 2024, cinq ans après sa retraite sportive, la star du ski alpin mondial était de nouveau sous les projecteurs. Mieux, elle aurait pu glaner l'or olympique ce week-end, et les observateurs les plus aguerris n'auraient pas été surpris, tant elle dominait sa discipline cette saison, avec cinq podiums en cinq courses, dont deux victoires.
Ce qui aurait pu constituer, sur le papier, l'un des plus grands retours de l'histoire du sport. Mais la belle histoire s'est brutalement interrompue.
Le verdict médical qui a secoué le ski
Vendredi 30 janvier dernier, lors de la descente de Crans-Montana en Suisse, la skieuse du Minnesota a chuté et a terminé sa course dans les filets. Initialement, on a cru à plus de peur que de mal en la voyant descendre lentement la piste. Cependant, après plusieurs jours d'incertitude, le verdict, tombé mardi 3 février, a provoqué une onde de choc dans le milieu du ski : rupture totale du ligament croisé antérieur du genou gauche.
Malgré cela, la championne olympique de descente en 2010 à Vancouver est apparue combative et souriante en conférence de presse. « Je sais quelles étaient mes chances avant ma chute, et je sais qu'elles ne sont plus les mêmes aujourd'hui, a-t-elle déclaré. Mais je sais qu'il y a toujours une chance. Et tant qu'il y en aura une, je tenterai ma chance. »
Un corps déjà éprouvé par les blessures
Sa décision a suscité un vif débat : peut-on skier avec une telle blessure ? Quels sont les risques encourus ? Va-t-elle endommager ses articulations à vie en voulant dévaler une dernière fois la piste d'une descente olympique ? Les questions fusent et les avis divergent, mais une chose est certaine : son courage est indéniable.
Qu'est-ce qui la motive à persévérer ? À l'écouter, c'est la certitude d'en avoir vu d'autres. La descendeuse talentueuse a payé le prix de ses victoires par de nombreuses blessures tout au long de sa carrière. Elle avait d'ailleurs pris sa retraite en 2019 en évoquant un « corps brisé au-delà du raisonnable ». Sans oublier qu'elle est revenue à la compétition fin 2024 avec une hémiprothèse au genou, un morceau de titane remplaçant une partie de son articulation.
Un choix très rare dans le sport de haut niveau, aux conséquences potentiellement dangereuses. « En général, en France, ça se fait chez les gens après 60 ans, mais en aucun cas, c'est une chirurgie pour le sport de haut niveau. Si elle est victime d'une chute et qu'elle a des fractures sur cette prothèse, ça peut être catastrophique », expliquait en 2024 le docteur Bertrand Sonnery Cottet, chirurgien orthopédiste reconnu.
La détermination inébranlable de Vonn
Malgré tous ces obstacles, Lindsey Vonn reste convaincue que son histoire avec les Jeux olympiques n'est pas terminée. « J'ai toujours repoussé mes limites, a-t-elle rappelé. La descente est un sport très dangereux, où tout peut arriver. À force de repousser les limites, je chute. Je me suis blessée plus souvent que je ne voudrais l'admettre, mais je me suis toujours relevée. Malgré mes nombreux échecs, j'ai toujours triomphé. J'ai déjà été dans cette situation, je sais comment la gérer. »
Des précédents et des risques calculés
Elle pourrait, malgré les risques démesurés, avoir des arguments pour relever cet incroyable défi. Premièrement, d'autres sportifs ont surmonté une blessure similaire pour remporter l'or aux JO, comme le Français Pierre Vaultier en snowboard cross en 2014. Cependant, Vaultier souligne : « J'avais plus de temps – deux mois –, là il n'y a que huit jours. »
Ensuite, seuls Lindsey Vonn et son staff médical sont aptes à déterminer si elle peut effectuer cette descente. Médicalement, les spécialistes ne jugent pas le défi impossible. « Vous êtes à la veille des JO, vous avez une skieuse qui se blesse, elle est en fin de carrière, ce sont ses derniers Jeux, bien sûr que je mettrais tout en place pour l'accompagner, si je pense que médicalement c'est faisable », estime Stéphane Bulle, médecin des équipes de France de ski alpin.
Pierre Vaultier ajoute : « La prise de conscience du risque est logiquement assez absente. Dans ce genre de discipline, si on est sans arrêt à penser au risque, on ne va nulle part. » Il évoque une décision peut-être très mûrement réfléchie avec un staff médical approbateur.
Une légende à prolonger
Enfin, un argument massif : la skieuse américaine connaît parfaitement la piste de Cortina, où elle s'est imposée à six reprises en descente en Coupe du monde. Si elle parvient simplement à terminer la descente ce dimanche, ce sera déjà une immense victoire et une démonstration de sa force de caractère.
Mais elle vise probablement plus haut. En cas de podium, voire de titre olympique, Lindsey Vonn inscrirait une nouvelle fois son nom dans l'histoire de son sport et prolongerait sa légende pour des décennies. À ce niveau de douleur et de courage, on ne peut que lui souhaiter le meilleur.
Note : La descente de Crans-Montana a finalement été annulée en raison de la chute de plusieurs skieuses, dont Lindsey Vonn.