Steven Soderbergh : « Chacun de mes films doit détruire celui d’avant »
Dans « The Christophers », joute astucieuse entre un vieux maître et une jeune copiste sous couvert de film d’arnaque, le réalisateur ne sépare pas l’homme de l’artiste. Propos recueillis par Nicolas Schaller. Publié le 10 juin 2026 à 20h00. Lecture : 8 min.
Il nous reçoit à Londres où se déroulent ses deux derniers films, ville sophistiquée et discrète qui lui va bien. On l’imagine s’y être installé mais non : Steven Soderbergh, éternel franc-tireur intégré au système, vit à Los Angeles. Insatiable alchimiste des récits et images, le réalisateur américain, qui est son propre monteur et directeur de la photo, a tout connu : la palme d’or à 26 ans pour son premier film, « Sexe, mensonges et vidéo », l’indifférence pour les quatre suivants, les oscars pour « Traffic » et « Erin Brockovich » et les bides noirs. Il fut l’un des premiers à troquer la pellicule pour le numérique, papillonne de majors en plateformes de streaming, met la liberté que ses castings de stars lui procurent au service d’idées volontiers expérimentales, teste sans cesse de nouvelles manières de faire et sortir les films, et tourne, tourne…
Alors qu’il vient de présenter à Cannes son documentaire « John Lennon. The Last Interview », voici son quatrième film en deux ans : « The Christophers », joute astucieuse entre un vieux peintre anti-woke (colossal Ian McKellen), et une jeune copiste frustrée (magnétique Michaela Coel, révélée par la série « Chewing Gum »). Dans ce film, Soderbergh explore les tensions entre générations et les rapports de pouvoir dans le monde de l’art. Le réalisateur confie : « Chacun de mes films doit détruire celui d’avant. Je cherche constamment à me réinventer, à ne pas me répéter. » Il explique que le personnage de McKellen incarne une certaine rigidité artistique tandis que celui de Coel représente la révolte et la quête de reconnaissance.
Soderbergh, qui a toujours aimé travailler en marge des studios, utilise ici un budget modeste mais un casting de prestige. Il tourne avec une équipe réduite et une caméra numérique légère, ce qui lui permet une grande flexibilité. « The Christophers » est un film sur la création, la filiation et la rivalité. Le réalisateur y aborde aussi des thèmes contemporains comme le wokisme et la cancel culture, sans jamais tomber dans le manichéisme. Le film a été présenté hors compétition à Cannes et sortira en salles le 17 juin.
L’entretien, mené à Londres, révèle un cinéaste passionné, toujours en mouvement, qui refuse de s’enfermer dans une case. Il parle de son amour pour le cinéma de genre, de son travail avec les acteurs et de sa vision de l’industrie. « Je ne fais pas la différence entre un film d’auteur et un film de divertissement. Un bon film est un bon film, point. » Cette philosophie explique sa filmographie éclectique, allant de « Ocean’s Eleven » à « Contagion », en passant par « Magic Mike ».
Steven Soderbergh, qui fêtera ses 63 ans en 2026, continue de surprendre. Avec « The Christophers », il livre une œuvre mature et incisive, qui interroge notre rapport à l’art et à la transmission. Un film à ne pas manquer.



