Les rues de Bagdad ont explosé de joie en avril dernier lorsque l'équipe nationale irakienne a décroché son billet pour la Coupe du monde 2026, quarante ans après sa dernière apparition. Ce lundi 22 juin, les Lions de Mésopotamie défient l'équipe de France en Pennsylvanie, un match qui symbolise bien plus qu'une simple rencontre sportive.
Un retour historique après quatre décennies
Le 11 juin 1986, plus de 100 000 spectateurs avaient assisté à Mexico au dernier match de l'Irak en Coupe du monde. Quarante ans plus tard, c'est au même Mexique que les Irakiens ont renoué avec leur histoire en battant la Bolivie (2-1) en barrage intercontinental en mars, décrochant le 48e et dernier ticket. Opposés aux Bleus, les Lions de Mésopotamie n'ont rien à perdre, selon leur sélectionneur australien Graham Arnold. « On n'aura aucune pression. Alors donnons tout et choquons le monde, comme j'aime le dire », confiait-il au Parisien en avril. Arnold, qui avait dirigé l'Australie lors du Mondial 2022 (défaite 1-4 contre la France), ajoute : « C'est un privilège et un honneur pour nous d'être sur le même terrain que ces joueurs. Ce seront ensuite des souvenirs pour la vie. Mais ils ont deux bras, deux jambes, comme tout le monde. Je ne vais faire aucune promesse, mais il y a toujours des résultats surprenants. »
Un parcours semé d'embûches
La qualification irakienne a été entravée par un énième événement géopolitique : la fermeture de son espace aérien en février suite au conflit américano-iranien. La Fédération a dû organiser un périple rocambolesque pour ses joueurs, décollant d'Amman (Jordanie) vers Lisbonne, puis enfin Monterrey. Malgré une défaite 4-1 contre la Norvège en match d'ouverture, l'équipe a montré une prestation convaincante. « Le plus beau jour de ma vie, c'est quand Saddam Hussein est tombé. Et le deuxième, c'est quand on s'est qualifiés », déclarait en mai à Paris Match Hussein Messaouidi, reporter sportif irakien.
Le football comme facteur d'unité
Depuis 1986, l'Irak a subi les guerres et la dictature. Sous Saddam Hussein, son fils Uday infligeait des châtiments aux joueurs en cas de défaite. « Après un match perdu contre le Bahreïn en 2001, sept joueurs sont allés en prison. Il en a tabassé plusieurs. Ils utilisaient des câbles pour nous fouetter », racontait l'ancien international Laith Hussein en 2003 dans un documentaire. Paradoxalement, c'est pendant la guerre civile que l'Irak a remporté son seul trophée majeur, la Coupe d'Asie 2007. « Le but de Younis Mahmoud en finale a uni tout le pays du Nord au Sud, et c'était la première fois que ça arrivait », poursuit Messaouidi. Adnan Dirjal, ex-président de la Fédération, expliquait dans Paris Match : « Le football a toujours été un facteur d'unité pour notre peuple, une source de joie… il ne se limite pas au divertissement : il contribue à transformer la réalité. »
Des joueurs porteurs d'espoir
Portée par des joueurs évoluant en Europe (Merchas Doski à Plzen, Amir Al-Ammari à Cracovie, Ali Al-Hamadi à Luton Town, Marko Fajri à Venise), la sélection fait rêver les 46 millions d'Irakiens, divisés entre clivages chiites et sunnites. Disputer le Mondial est un bonus pour ces représentants du sport numéro 1 du pays, qui voient dans cette compétition une fête bien plus grande que le simple résultat sportif.



