Jeudi 18 juin, de nombreuses stations-service de Crimée étaient en rupture de carburant, selon des journalistes de Reuters, dans un contexte de renforcement des attaques ukrainiennes visant les lignes d'approvisionnement de la péninsule sous contrôle russe. À Sébastopol, principale ville de Crimée, un correspondant de l'agence de presse a constaté que la majorité des stations-service ne disposaient plus d'essence, malgré les mesures de rationnement instaurées depuis plusieurs semaines. À Eupatoria, station balnéaire de la côte ouest, un autre journaliste a rapporté qu'une importante file d'attente s'était formée devant l'unique station-service encore en activité dans la ville.
Intensification des frappes ukrainiennes
L'Ukraine a intensifié ses frappes de drones contre les deux principaux axes logistiques alimentant la Crimée : les territoires du sud-est de l'Ukraine occupés par la Russie et le pont du détroit de Kertch, qui relie la péninsule à la région russe de Taman. "Nous isolerons la Crimée dans un avenir proche", promettait en effet le commandant ukrainien des forces de systèmes sans pilote, Robert Brovdi, début juin.
Face aux difficultés d'approvisionnement, les autorités locales ont instauré un rationnement du carburant via des QR codes - chaque automobiliste peut retirer au maximum 20 litres d’essence par semaine -, tandis que certaines denrées alimentaires commencent également à se faire rares. Mercredi, elles ont également interdit la circulation des mobylettes, scooters et autres motos entre 20 heures et 6 heures, dont le bruit, proche des drones de l'ennemi, perturbait le fonctionnement des systèmes de défense.
Baisse du trafic et perturbations logistiques
Robert Brovdi, commandant des forces de systèmes sans pilote ukrainiennes, a déclaré la semaine dernière à Reuters que le trafic sur la principale autoroute menant à la péninsule avait diminué des deux tiers depuis le début de l'offensive. Auparavant, le carburant parvenait en Crimée par barge jusqu'à un terminal pétrolier de la ville de Feodosia, mais ces approvisionnements ont été interrompus après des frappes ukrainiennes contre le terminal au mois d'avril.
À Sébastopol, le gouverneur a déclaré que des drones ukrainiens avaient provoqué des dégâts mineurs pendant la nuit, précisant que 33 d'entre eux avaient été abattus. Le gouverneur de la partie de la région de Kherson contrôlée par Moscou, qui borde la Crimée au nord, a déclaré que l'Ukraine avait aussi pris pour cible des ponts dans la région, causant quelques dégâts.
Technologie de ciblage par intelligence artificielle
Interrogé par la BBC à la fin du mois de mai, Nick Brown, expert en armement, précisait que ces drones ukrainiens étaient "équipés d'un système de ciblage par intelligence artificielle entraîné sur des milliers d'heures de vidéos de cibles militaires russes collectées ces quatre dernières années". Cette technologie permet de "lancer des centaines de ces munitions rôdeuses vers une zone cible approximative située à plus de 160 kilomètres, puis d'utiliser l'IA pour les diriger avec précision vers des cibles militaires russes au fur et à mesure de leur localisation", indiquait-il.
Impact sur le tourisme et la logistique russe
De son côté, la Russie continue toutefois de nier tout problème d'approvisionnement, et persiste à vendre à la population l’idée de vacances à Yalta, Sébastopol ou sur les plages de la mer Noire. Mais cette jolie vitrine estivale se fissure. Selon le quotidien russe Kommersant, les réservations hôtelières en Crimée se seraient effondrées de 30 % à 40 % sur un an. D’après le groupe de résistants ukrainiens Atesh, le commandement de la flotte russe en Crimée préparerait également le transfert de son quartier général vers Novorossisk, en Russie. "La situation logistique des forces d’occupation s’est considérablement détériorée", assure la formation sur Telegram. Des officiers organiseraient le déménagement de leur famille, laissant derrière eux les meubles qu’ils ne peuvent pas emporter.
Dans une note de blog publiée le 2 juin, Lawrence Freedman, professeur émérite de War Studies au King’s College de Londres, estime que la Russie dispose désormais d'une marge de manœuvre limitée. Parmi les solutions envisageables figurent la réduction de la taille des convois, la répartition des cargaisons sur un plus grand nombre de véhicules légers, l'utilisation de routes secondaires ou de pistes non goudronnées, ainsi que le renforcement des moyens de brouillage électronique et des défenses antiaériennes. Cependant, souligne-t-il, l'étendue du réseau logistique à sécuriser complique considérablement la tâche. Les ressources russes sont déjà fortement sollicitées et chacune de ces adaptations risque de ralentir davantage les flux d'approvisionnement, indispensables tant aux populations des territoires occupés qu'aux forces russes déployées sur le front sud de l'Ukraine.



