Roland-Garros 2026 : Gaël Monfils, adieu émouvant après une ultime bataille épique
Gaël Monfils dit adieu à Roland-Garros dans l'émotion

Difficile de mieux résumer Gaël Monfils. Deux heures de souffrance, d'errance sur le court Philippe-Chatrier. Puis une heure de magie, avec un come-back complètement dingue face à un Hugo Gaston désemparé, avant de s'effondrer dans la dernière manche. Pour son ultime match à Roland-Garros, le Parisien a livré un match à l'image de son personnage et de son talent : complètement fou. La folie d'« un magicien », comme l'a dépeint son épouse Elina Svitolina dans une émouvante lettre.

Une lettre d'amour et d'admiration

« Gaël Monfils a été l'un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps, écrivait l'Ukrainienne dans ce message adressé à leur fille Skaï. D'autres étaient plus réguliers, ou faisaient moins de fautes… mais c'est intéressant. Parce que lorsqu'on explique pourquoi ces joueurs sont grands, il faut parfois montrer des statistiques, un match ou un tournoi entier. Mais avec ton père ? C'est différent. Avec lui, c'est si simple. Il suffit de montrer un seul point, un seul coup… et là, tout de suite, on comprend. Parce que ton père, en un seul coup, en un seul instant, il parvenait à ce que peu d'athlètes réussissent : créer une émotion. »

Elle ne pouvait pas viser plus juste. Car des émotions, le Parisien en a offert un paquet ce lundi. D'abord avec quelques coups de génie, de son coup droit supersonique du premier point à ses tweeners spectaculaires dans le deuxième set. Puis avec une rébellion inattendue en milieu de troisième manche, quelques minutes après avoir entendu les notes de « Résiste » de France Gall, avant une fin en eau de boudin, comme il a aussi pu en offrir quelques-unes.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des remerciements touchants

Le paroxysme a finalement été son discours d'adieu. Après avoir ravalé ses larmes avant la balle de match d'Hugo Gaston, Gaël Monfils a retrouvé le sourire pour rendre hommage à tous ceux qui l'ont accompagné, en commençant par ses parents Sylvette et Rufin. « Si je suis là ce soir, c'est grâce à ces deux personnes qui ont créé un petit bonhomme avec ses lunettes qui n'arrêtait pas de les bassiner, a-t-il souri. Je voulais vraiment jouer au tennis, mon père y a cru tout de suite, ma mère voulait que je continue mes études, j'ai réussi à aller au Creps de Reims et l'aventure a commencé. »

Plus de 25 ans plus tard, le Parisien est toujours là, sur le Central de Roland-Garros. Et il le doit à Elina Svitolina, en larmes après la balle de match. « Sans ma femme, je ne serais peut-être plus là. Cela fait huit ans que nous sommes ensemble, huit belles années, elle a été là dans tous les instants, elle a su me soutenir en tant qu'homme, que joueur de tennis, dans mes doutes, elle a su me relever, m'encourager, m'aimer et, surtout, me donner le plus beau cadeau du monde avec notre fille. Je t'aime », a-t-il glissé, ému.

Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet, les fameux « Mousquetaires », venus sur le terrain l'étreindre en fin de cérémonie, ont également eu droit à leurs petits compliments. « Ces trois gars, je leur dois énormément. Ce sont mes frères d'armes, mes frères tout court, a-t-il assuré. On n'a jamais été en compétition, ils ont toujours été là en dehors du terrain. Merci les gars. On a plus de trente ans d'amitié et on finit là tous ensemble, c'est juste magnifique, c'est la magie de Roland-Garros. »

Une nuit magique, comme il les aime

La « magie de Roland-Garros », Gaël Monfils sait mieux que quiconque ce que c'est. Il ne pouvait donc pas quitter la Porte d'Auteuil sans une ultime bataille. Celle-ci a commencé par un coup sur le cœur et un hurlement vers son clan en milieu de troisième set. Des gestes qu'on n'avait pas vus pendant deux sets et demi où l'ancien sixième mondial s'est fait balader par un Hugo Gaston retrouvé après quatre ans de galère. Le Toulousain avait une tactique claire : fatiguer papy Monfils et ses 39 ans à coups d'amorties, de slices et de lobs. Finement joué, mais l'idole de Roland-Garros a de la ressource.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Quand je suis entré sur le court, c'était une nouvelle expérience, racontait-il après le match. Ce n'était pas un match normal, je sentais mon corps totalement différemment. Hugo jouait très bien, je devais reprendre le contrôle sur mon esprit, mon corps, essayer de me reconnecter avec moi-même et j'ai commencé à mieux jouer, à mieux taper, à prendre plus mon temps pour le pousser dans un match plus difficile. »

Autour de lui, le public, son public, était prêt à vivre cette folie. Habitués aux interminables combats du demi-finaliste de Roland-Garros 2008, qui n'a jamais compté ses heures sur la terre battue parisienne, même quand les forces lui manquaient, ses fans rêvaient de cette bataille épique. Ses amis aussi, de Richard Gasquet à Matt Pokora, en passant par Gilles Simon et Nikola Karabatic. À grands coups de « je t'aime », hurlés à gorge déployée, ils ont finalement porté Gaël Monfils dans cette nuit magique.

Bien sûr, celle-ci aura pour beaucoup un goût d'inachevé. Roland-Garros et Gaël Monfils, c'est fini, et « ça fait très bizarre », comme il le souligne lui-même. Mais les larmes observées dans le public ou sur les joues de son épouse, le sourire de ses copains mousquetaires et les hommages des plus grandes stars du circuit traduisent surtout un constat indéniable : Gaël Monfils a conquis les cœurs des Français et des amoureux de tennis. Et elle est sans doute là, la plus belle victoire de son immense carrière.