Marion Fayolle : un univers entre noirceur et lumière
L’illustratrice et romancière Marion Fayolle, lauréate du Prix Habiter le monde 2024, dévoile son univers sensible et tendre à travers deux nouveaux ouvrages et une exposition sur l’amour à l’espace Dominique-Bagouet à Montpellier, dans le cadre de la Comédie du livre. Ses œuvres, mêlant dessin et écriture, abordent des thèmes profonds comme le désir, le manque et la complexité des relations humaines.
Un conte sur la détresse maternelle
Dans son dernier ouvrage, Marion Fayolle évoque la détresse d’une femme confrontée à un désir d’enfant non comblé. Interrogée sur ce sujet, elle confie : « C’est une situation que j’ai traversée car j’ai eu du mal à avoir mon premier enfant. Même si cela remonte à quelques années, je continue de m’interroger sur cette question du désir et du vide. Il me semble qu’on peut l’entendre de manière plus large : comment vivre avec un désir impossible à assouvir, comment affronter ce qui peut devenir une obsession ? »
L’autrice raconte qu’un rêve a donné naissance à ce récit : « J’ai fait un rêve avec un personnage mystérieux qui surgissait, à qui l’on parlait, mais qui n’entendait pas, comme emprisonné derrière une paroi de verre. Tout s’est alors entremêlé. J’ai décidé d’avancer avec le motif de la boucle, cet intrus qui part et revient, les espoirs et les désillusions de la femme qui attend chaque mois que son ventre se remplisse, dans un mouvement de vase communiquant entre le vide et le plein. »
Les Aimants : une variation graphique sur l’amour
Parallèlement, Marion Fayolle publie Les Aimants, un recueil de dessins et de saynètes qui explore le sentiment amoureux dans toute sa complexité. Interrogée sur la possible parenté entre ces deux livres, elle répond : « Je pense qu’ils se répondent mutuellement, même si je ne les ai pas conçus ainsi. Le calendrier a fait qu’ils sortent en même temps, et cela ne m’a pas gênée car il y a un jeu de miroirs entre eux, avec cette question centrale du lien, du désir et du manque. »
Elle ajoute : « Avec Les Aimants, j’ai tenté d’imaginer l’incarnation de ce que pourrait être le lien amoureux dans ses complexités, ses ambivalences et ses contradictions. On mentirait si on tentait de définir ou de résumer l’amour avec une seule image. Ce n’est que dans la multiplicité des regards qu’on finit par atteindre une forme de vérité et par injecter une vitalité complexe, car le lien à l’autre est toujours en métamorphose. »
Un univers poétique et délicat
Marion Fayolle a su imposer un trait caractéristique en dessin et une langue poétique en littérature. Elle décrit son univers comme « une fausse naïveté un peu trompeuse, habité par une contradiction du lumineux et du sombre, et une forme d’étrangeté. J’aime que mon travail se situe à l’endroit même où les émotions et les sentiments contraires réussissent à s’entendre. »
Elle précise : « Que ce soit en dessin ou en écriture, je parle la même langue et je pars toujours du même endroit, d’un surgissement comme dans les rêves. Je n’essaie pas de reproduire la réalité, j’essaie de créer un monde sur lequel les gens peuvent projeter leur propre histoire. C’est pour cela que mes personnages sont toujours des silhouettes théoriques, je laisse une grande place au blanc, au vide. Et comme dans les rêves, mon univers est empli d’analogies, de voiles, de masques que je n’essaie pas d’enlever. Je joue avec. »
L’affiche de la Comédie du livre
Marion Fayolle a également signé l’affiche de la 41e Comédie du livre – 10 jours en mai, avec trois images mettant en scène des personnages qui s’entrelisent. Elle explique : « Une affiche pour un festival n’est pas juste de la décoration, une belle image pour donner envie de venir, c’est aussi porter un message fort. Je suis très frappée de voir que les écrans, censés être des fenêtres sur le monde, deviennent des miroirs. À force d’être en contact avec du contenu conçu pour nous plaire, on a de plus en plus de mal à voir dans le livre un moyen d’aller à la rencontre de l’autre. »
Elle déplore : « J’entends des lecteurs dire : “Il faut que je m’identifie sinon je ne vais pas aimer.” Le livre devient une sorte de selfie, on veut qu’il nous tende un miroir de nous-même. Je trouve cela triste car on ne lit pas pour s’identifier, mais pour se déplacer, expérimenter d’autres vies, d’autres psychés que la sienne, et surtout multiplier nos réalités. »
Exposition à Montpellier
Du 22 mai au 6 septembre 2026, Marion Fayolle propose une exposition intitulée Les Aimants à l’Espace Dominique Bagouet à Montpellier. Cette exposition, nourrie d’analogies qui donnent corps à l’invisible et à l’ambivalence des sentiments, offre un large éventail de dessins et de textes issus de ses livres, dont son roman graphique Les Amours suspendues, Prix spécial d’Angoulême 2018. Le public pourra également faire l’expérience de plusieurs dispositifs scénographiques lui permettant de devenir un personnage des histoires tendres et cruelles de Marion Fayolle.
Les ouvrages sont disponibles : Petit Fruit (éditions Gallimard, 16 euros, 128 pages) et Les Aimants (éditions Le Tripode, 15 euros, 128 pages).



