Roberto De Zerbi, l'entraîneur passionné qui rappelle l'essence du football
De Zerbi, le passionné qui rappelle l'essence du football

Le Clasico PSG-OM dans l'ombre des critiques envers De Zerbi

Ce dimanche soir, le Clasico entre le Paris Saint-Germain et l'Olympique de Marseille s'annonce particulièrement brûlant, dans une Ligue 1 plus disputée que jamais. Mais au-delà de ce match au sommet, c'est l'entraîneur marseillais Roberto De Zerbi qui concentre toutes les attentions et les critiques les plus acerbes.

Un entraîneur sous le feu des critiques

Pointé du doigt depuis l'élimination rocambolesque de l'OM en Ligue des champions le 28 janvier dernier - un but inscrit à la dernière seconde par le gardien de Benfica ayant condamné les Marseillais - De Zerbi est vivement critiqué pour sa versatilité dans ses feuilles de match et pour son émotion débordante. Ses détracteurs présentent cette sensibilité exacerbée comme la cause de tous les maux du club phocéen.

Les dernières déconvenues de l'OM ont donné du grain à moudre aux contempteurs du coach italien : l'équipe marseillaise est actuellement la formation européenne qui encaisse le plus de buts dans les dernières minutes des matchs. Sur RMC, l'ancien international Christophe Dugarry l'a qualifié de guignol, une violence verbale gratuite qui semble oublier ce que le commentateur a lui-même enduré lorsqu'il était joueur.

Ce vendredi encore, Loïc Tanzi, chroniqueur à L'Équipe TV, estimait que l'Italien crée le chaos dans le vestiaire. Trop émotif, trop instable, trop imprévisible : Roberto De Zerbi est présenté par certains comme l'unique responsable de la fragilité mentale de son équipe.

Une vision du football comme engagement total

Mais ce procès en hystérie passe à côté de l'essentiel. Dans un monde du football de plus en plus régenté par la data, la rentabilité et le calcul, De Zerbi apparaît comme une anomalie salutaire. Parce qu'il vit intensément ce métier, donnant le sentiment de renaître après une victoire et de mourir après une défaite.

Il semble porter le poids de son équipe sur le visage, au point que, lorsqu'on compare les photos de son arrivée à Marseille à l'été 2024 et celles d'aujourd'hui, on a l'impression qu'il a pris dix ans. Pour comprendre De Zerbi, il faut sans doute se référer à son mentor Marcelo Bielsa, dont il prolonge la vision du football comme engagement total.

Le modèle argentin confiait en 1992 : Pour moi, le football est tout. Je pense football, je parle football, je lis football, et c'est une vie qui ne peut se soutenir éternellement. Une profession de foi qui pourrait être celle de De Zerbi mot pour mot. Il dort peu, comme il le confia lui-même lors d'un moment de confidence avec le coach lensois Pierre Sage.

L'audace tactique comme principe fondamental

Ce que l'on reproche aujourd'hui à De Zerbi - ses emballements, ses prises de risques, ses changements de schémas permanents - constitue aussi l'ADN même de sa vision du sport. Un football qui refuse les cadres tactiques classiques, usés jusqu'à la corde, pour leur préférer des structures mouvantes et évolutives.

Ses équipes sont structurées autour de principes clairs :

  • Relance courte quasi systématique
  • Construction depuis l'arrière
  • Multiplication des triangles
  • Recherche constante de supériorités numériques dans les premières zones

À Marseille comme auparavant à Brighton, ses formations évoluent souvent au-dessus des 60% de possession de balle, signe d'une volonté assumée de contrôler le jeu plutôt que de le subir. Avec 46 buts inscrits, l'Olympique de Marseille affiche l'une des attaques les plus prolifiques de Ligue 1 cette saison.

Le collectif avant l'individu

Roberto De Zerbi considère le football comme une aventure collective, au même titre que devraient l'être beaucoup d'autres métiers de création : le cinéma, le théâtre, la musique, ou même le journalisme. Des mondes où l'on avance ensemble, où l'on dépend les uns des autres, et où la réussite est d'abord une histoire de groupe avant d'être une addition d'ego.

Dans un football où le Ballon d'or est devenu le nouveau graal dans la carrière d'un footballeur, où la marque personnelle a supplanté le collectif, De Zerbi apparaît comme un Don Quichotte qui croit encore aux vertus du nous. Il vit son rapport aux joueurs sur un mode affectif, intense, parfois excessif.

J'accepte les erreurs de mes joueurs, mais je veux des joueurs qui ont faim, a-t-il professé lors de sa dernière conférence de presse. Ces ruptures parfois spectaculaires avec ses protégés disent moins une fragilité qu'une exigence radicale.

Un homme sans maître

Fin janvier, lors d'une conférence de presse, Roberto De Zerbi avait surpris son monde en déclarant aux journalistes présents : Je n'ai pas de maître. Je n'ai le numéro de personne. Vous pouvez écrire ce que vous voulez. Certains d'entre vous pensent être les patrons, venir à la Commanderie en tant que patrons. Mais moi, je n'en ai pas.

La sortie a été interprétée comme une remise en cause de la direction marseillaise, mais elle disait surtout autre chose : que ce qui guide son action, et le seul à qui il souhaite rendre des comptes, ce sont ses idéaux. Et si, au fond, on ne lui reprochait pas tant ses erreurs que d'incarner ce que le football est en train d'oublier : la folie, la passion, et surtout le droit de rêver encore ?