Lancée avec l'Esporte Clube Juventude un 30 mars 2003, la carrière de footballeur de Dante aura duré plus de 23 ans. Le Brésilien aux 752 matchs officiels disputés en club et 13 sous le maillot de l'équipe nationale vit ses derniers moments de footballeur professionnel.
Un au revoir émouvant
Ce moment, Dante l'a redouté. Longtemps repoussé, aussi, et très probablement à raison. « À son arrivée, je lui avais dit que j'estimais faire une erreur en acceptant de lui faire un contrat de trois ans, au lieu de deux. J'ai rarement été aussi content de passer pour un idiot à chacune de ses prolongations », reconnaît Julien Fournier, admiratif de la longévité du défenseur central, recruté en 2016 à Wolfsburg. Mais après s'être accroché mieux que personne à la plus grande passion de sa vie, vendredi prochain sonnera l'heure de raccrocher les crampons pour Dante. À 42 ans, 7 mois et 11 jours, le Brésilien vivra « une petite mort, une forme de deuil. Ça me fera très mal » confiait-il au Parisien dans un papier consacré à son 40e anniversaire.
Guilavogui : « Sa carrière n'a jamais été un long fleuve tranquille »
Le CommanDante se savait souple, mais n'imaginait pas se retrouver en grand écart pour sa fin de carrière. À trois matchs de sa retraite, il pourrait enfin soulever un trophée avec le club à qui il a consacré dix ans de sa vie, comme le quitter en Ligue 2 et tirer ainsi sa révérence sur la seule relégation connue en carrière. Marqué à vie par cet ami seulement côtoyé une seule saison à Wolfsburg (2015-2016), Josuha Guilavogui n'aurait au contraire pas imaginé plus bel épilogue pour un protagoniste romantique du football. « Il a joué la Coupe du monde, gagné la Ligue des champions, collectionné les titres… Sa carrière est déjà faite. Se battre pour un titre et un maintien à la fois, c'est encore être à l'aube de grands défis au crépuscule de son immense carrière. C'est un beau tableau, il est même parfait pour un personnage solaire comme Dante. Sa carrière n'a jamais été un long fleuve tranquille, tout ce qu'il a eu, il a dû aller le chercher. Ce sera sa dernière grosse bataille avant un repos du guerrier bien mérité. »
Un homme de parole
Remontons à la saison 2010-11 pour vérifier les faits d'armes du soldat Dante. Dévoué corps et âme au maintien du Borussia Mönchengladbach en Bundesliga, le Brésilien voit la presse en douter, à cause de l'intérêt de clubs huppés à son sujet. « Si on se maintient, je me rase le crâne » promet l'intéressé. Buteur décisif lors du barrage retour à Bochum (1-1, victoire 1-0 à l'aller), Marco Reus exécute la sentence dans le vestiaire, dès la fin du match. Un homme de parole ne se défile pas. Et ce qui est valable pour lui, l'est aussi pour les autres.
Cardinale : « Il a une autorité naturelle, son CV parle pour lui »
« Saison 2016-17, quand on finit 3e. On est à Dijon, on mène 1-0 à la 90e+2, rembobine Yoan Cardinale. Je suis gelé, je prie pour ne pas subir de frappe, je ne sais pas comment je peux sortir mes jambes sinon. L'arbitre siffle une faute dans notre surface, je dois dégager le ballon et c'est fini. Je fais signe aux coéquipiers de se déplacer à droite. Évidemment, genou tétanisé, le ballon part sur la gauche. Aucune incidence, l'arbitre siffle la fin du match. Dante, lui, il me pourrit : ''Si tu dis un truc, tu dois le faire. Nous, on te croit, on a confiance en toi. C'est ça aussi l'exigence, respecter ce que tu dis.'' Il a une autorité naturelle, son CV parle pour lui. Tu écoutes et tu te tais. »
« Grand, beau gosse, tatoué, la coupe afro… Tu es emporté par son charisme dès qu'il débarque dans le vestiaire, poursuit Guilavogui. En plus il arrive du Bayern Munich, où il a fait le triplé. Et là, il te balance un ''ça va frérot ?'', avec son accent du Sud qui te met tout de suite à l'aise. Et quelques semaines plus tard, il vient avec sa famille à la maison déguster la cuisine africaine de ma grand-mère, comme un frère. »
Un animal de compétition
Un frère protecteur, attachant et exigeant qui refuse la défaite. « Un animal de compétition » (Julien Fournier) qui a fait quelques victimes lors des sessions d'entraînement. « C'est un mec exemplaire, une légende, un capitaine, un gagneur. Mais à l'entraînement, quand il perd ça devient un mauvais joueur, témoigne Alassane Plea. Et il faut faire très attention aux chevilles… » « Boscagli en avait fait les frais dans un toro. Dante se faisait tourner, il lui a mis un attentat » balance Alexy Bosetti en se marrant.
« Dante, c'est comme avoir Casillas ou Buffon au club »
« Que ce soit dans la conservation, dans les jeux réduits ou d'opposition, son équipe perd très rarement, constate au final Yoan Cardinale. Il impose une telle exigence technique, une telle concentration que toute l'équipe se donne à fond. Tu ne joues pas au Bayern Munich sans cet ADN. Avoir eu Dante à leurs côtés est une chance incroyable pour tous les défenseurs centraux du club. C'est comme si je m'étais entraîné avec les plus grands de mon poste comme Buffon ou Casillas. » Maxime Le Marchand est conscient du privilège d'avoir assisté en charnière centrale « un joueur exceptionnel, un homme entier, un mec qui vit les choses avec passion et qui fait tout à fond » entre 2016 et 2018. « Je me souviens d'un lendemain de match de coupe d'Europe. C'était décrassage mais on préparait aussi un match qui arrivait deux jours plus tard en Ligue 1. Et lui faisait tout à fond. Alors je lui dis : ''Calme-toi Dante, on rejoue dans deux jours''. Il me répond : ''Non Max, moi je dois tout faire à fond''. Tu comprends comment il a joué jusqu'à cet âge-là malgré une blessure au genou à 37 ans. »
« Mentalement, c'est le très, très haut niveau » adoube Guilavogui. « Professionnel est un mot inventé pour lui, embraye Cardinale. Dans l'hygiène de vie, son alimentation, le sommeil… Tu comprends la différence entre les ''tops joueurs'' et les ''tops-tops-tops joueurs'' comme Dante, qui ont fait demi-finale de Coupe du monde et victoire en Ligue des champions. » « Et pourtant quand il gagne un petit jeu à l'entraînement, il affiche la même joie authentique, retient Vincent Koziello à l'égard de son ''Capi'' d'une saison et demie (2016-janvier 2018). Il est comme un enfant. »
La philosophie de Dante
« Capable de faire des blagues avec un petit verre de vin à la main » (Le Marchand). « Savoir profiter des bons moments fait partie de sa philosophie, approfondit Josuha Guilavogui. Quand on a battu le Real Madrid 2-0 en quart de finale de Ligue des champions, il disait qu'on avait réussi quelque chose d'historique. Il a beaucoup insisté pour qu'on retourne boire un coup dans l'hôtel où on avait fait la mise au vert pour qu'on célèbre ça. Mais l'équipe a préféré rester en famille, on s'est retrouvé que tous les deux, avec nos proches, à l'hôtel. Il le regrettait en disant que tout va très vite dans le football si on ne prend pas le temps de savourer. Il avait raison, au retour on a perdu 3-0 à Madrid. »
Comprenez ainsi que ''Paï''', comme l'appelle souvent le vestiaire (Papa en portugais), se verrait bien enfiler le costume de Père fêtard cette nuit avant les barrages de mardi prochain. La recette, il l'a donnée il y a déjà deux ans dans le Parisien. « Si tu veux quelque chose, il faut aller le chercher. Et quand tu sors indemne des moments difficiles, ça veut dire que tu es armé mentalement pour aller plus haut. » Suivez le guide et vous n'aurez plus jamais peur du vide.



