24 Heures du Mans 2026 : immersion au cœur d'Alpine pour sa dernière course
24 Heures du Mans : immersion au cœur d'Alpine

Parfois, pour prendre la mesure des choses, il faut prendre de la hauteur. Le Blimp, ballon dirigeable de Goodyear, fait partie du paysage des 24 Heures du Mans avec sa silhouette allongée qui flotte au-dessus du circuit. Un tour à son bord permet de réaliser la taille du défi qui attend les quelque 180 pilotes qui vont aborder ce tracé mythique de 13,6 km, en partie sur des routes d'habitude ouvertes à la circulation. Mulsanne, Arnage, Indianapolis, Tertre rouge, Daytona, les Hunaudières : les points forts qui émaillent ce parcours que les fans connaissent par cœur se voient facilement depuis le ciel, dans le silence de la propulsion du Zeppelin qui permet d'entendre le rugissement des moteurs.

Une fois revenu sur la terre sarthoise, la proximité de la piste prend aux tripes. Si les motorisations n'ont pas le niveau sonore d'antan (le hurlement du quadrirotor des Mazda, le son dantesque des Panoz…), elles dévoilent chacune leur personnalité : strident V12 atmosphérique pour les Aston Martin, parmi les plus gracieuses à voir, sourd borborygme pour les V8 Cadillac, so american, son clair et précis pour les V6 turbo hybrides des Alpine.

L'ultime participation d'Alpine

C'est avec l'équipe française que nous avons pu vivre ce week-end de course, avec une émotion particulière puisqu'il s'agit de sa dernière participation, le programme d'engagement en endurance étant arrêté à la fin de la saison. Le dispositif mis en place par la marque sportive du groupe Renault est massif, avec un espace réceptif parfaitement situé face à la courbe Dunlop, dont la passerelle est désormais aux couleurs de Goodyear. Des graffitis « Dunlop forever » rappellent d'ailleurs que les traditions, au Mans, demeurent bien gravées dans l'esprit des fans…

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Comprendre la compétition

Un peu de vocabulaire s'impose pour comprendre cette compétition à part. L'un des secrets les mieux gardés et les plus importants se résume en trois lettres : BOP, pour Balance of Performance, soit une intervention – un réglage sur l'électronique des voitures – de la toute-puissante Fédération internationale de l'Automobile (FIA) en vue de niveler les performances des écuries et, ainsi, relever le niveau de compétitivité. Une intention louable mais qui, avec son côté secret (aucune communication sur le sujet, aucun détail), jette un froid. Plus transparent, l'Hyperpole est une séance de super-qualifications pour déterminer l'ordre de départ de la course. Et à ce jeu, Alpine crée la surprise en se classant troisième derrière une BMW et une Cadillac. De bon augure.

La ferveur populaire

Une fois cette étape franchie, les pilotes ont droit à leur moment de gloire lors de la parade du centre-ville, qui réunit tout Le Mans. Une expression de la ferveur populaire autour de cet événement, qui rassemble nombre de volontaires locaux permettant son organisation. Autographes, selfies, goodies et bonne humeur sont au programme. Quelques Anglais sont de la partie, mais la plupart des quelque 100 000 spectateurs qui franchissent le Channel pour ce rendez-vous culte s'entassent dans les campings. Car Le Mans se vit comme cela pour eux, qu'il s'agisse de jeunes amateurs de tuning ou de collectionneurs d'anciennes valant leur pesant de livres sterling, avec une constante : bière, humour et passion.

Dans le village commercial situé au milieu de la piste, les foules transitent entre boutiques de tee-shirts ou de miniatures, animations de marques, bars et barbecue géant, sous un soleil de plomb et 29 degrés annoncés. Mais, au Mans, la température semble toujours plus élevée et sur la piste, c'est encore pire : l'asphalte dépasse les 40 degrés. Une chaleur qui monte encore lors du Grid Walk, l'accès aux voitures disposées sur la piste en amont du départ, le samedi après-midi, où quelques milliers d'heureux possesseurs du bon bracelet d'accréditation viennent au plus près des autos prêtes à bientôt s'élancer.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les catégories en piste

Trois types de voitures se partagent la piste, dans trois classes différentes qui vivent la course chacune à leur rythme : les LMGT3 qui s'apparentent à la voiture de sport de M. Tout-le-Monde, ou presque (Porsche 911, Corvette…), les prototypes LMP2 qui ressemblent aux voitures de tête de la course mais sont moins rapides, et la catégorie reine des Hypercars, seules à pouvoir espérer la victoire au classement général. Une catégorie particulièrement disputée cette année, avec Ferrari, vainqueur en titre, BMW en pole position, Toyota en embuscade, Peugeot au fond du classement et un nouvel arrivant, Genesis Magma Racing (la marque premium du coréen Hyundai). Au milieu de ce peloton de prestige, Alpine fait figure de challenger prometteur avec sa belle A424 tricolore, reconnaissable à ses feux arrière reprenant le célèbre logo du A fléché de la marque dieppoise.

Bientôt, tous s'élancent pour boucler des tours de piste en près de 3 minutes et demie, autour des 250 km/h de moyenne et avec des vitesses de pointe à plus de 300 km/h, des freinages intenses qui font rougeoyer les disques et des mécaniques qui souffrent. Les trois pilotes se relaient selon les stratégies de course, parfois pour plusieurs heures, avec des arrêts ravitaillement tous les douze ou treize tours. Eux aussi connaîtront l'épuisement.

Une nuit magique

Les premiers tours permettent encore de voir facilement le classement et de profiter de pauses sonores pour en discuter mais, très vite, sur la terrasse du bâtiment construit par Alpine, il faut se fier aux écrans et aux commentaires en direct pour comprendre le classement et les faits de course. Le temps semble s'étendre au fil des tours des pilotes et des balades vers les différents points de vue sur la piste, avec une visite du box dans lequel les mécaniciens se reposent en attendant la prochaine intervention : plein de carburant, changement de pneus ou de pilote, vérifications, nettoyage du pare-brise, recharge d'eau pour l'hydratation, à chacun son rôle.

A une semaine du solstice d'été, la nuit tardive retarde l'arrivée dans ce moment magique du Mans, celui où la lumière tombe, la température devient plus agréable et la course se transforme en un show presque mystique, contrastant avec le soleil cru qui a illuminé les six premières heures. C'est le moment idéal pour les chanceux qui ont accès aux loges en surplomb des stands, au premier rang, d'observer le fascinant spectacle des arrêts aux stands. C'est aussi là, au bord de la piste, que l'épreuve prend une autre dimension avec le ballet des phares, des affichages lumineux latéraux, sur fond de feu d'artifice et de ballet de drones…

Le dénouement

Malgré la fatigue (et la bière ou le champagne), l'ambiance dans le public comme dans les carrés VIP reste bon enfant, entre passionnés et curieux, tous fascinés tant par le passage des autos que par le classement affiché sur les panneaux géants, en constante évolution dans une lutte âpre. Les premiers abandons surviennent, après une casse mécanique ou une sortie de piste, mettant toute la course au ralenti le temps de dégager la piste.

Au petit matin, Cadillac est en tête, BMW en lice et Toyota à l'affût. Une stratégie payante pour l'équipe japonaise, qui finit par obtenir le résultat de la pression permanente qu'elle applique sur ses rivales. Le géant nippon s'installe sur la première marche du podium, devant une BMW et… la seconde Toyota. Après quelque 381 tours, seulement 32 secondes séparent les quatre premiers au classement après 24 heures d'une lutte qui a ménagé le suspense jusqu'à la dernière heure. Quant à Alpine, l'équipe ne démérite pas et se classe sixième et dixième, un résultat parfaitement honorable même s'il était difficile de ne pas rêver d'un podium pour finir en beauté.