À Los Angeles, la Coupe du monde de football passe inaperçue
Los Angeles indifférente à la Coupe du monde de football

De notre envoyé spécial à Los Angeles,

Il ne faut jamais se fier à sa première impression, paraît-il. C’est ce poncif un peu balourd qu’on s’est forcé à se répéter en débarquant mercredi soir à Los Angeles, cité des Anges et théâtre du premier match de la sélection américaine, qui défie vendredi soir le Paraguay pour son entrée en lice dans sa Coupe du monde.

Car depuis l’aéroport international LAX où nous avons débarqué depuis Paris Orly, jusqu’au cœur de cette ville tentaculaire aux 4 millions d’habitants et aux 72 millions de voitures - estimation 20 Minutes/Au Doigt Mouillé - il fallait avoir un œil de lynx pour trouver le moindre petit indice qu’un Mondial de football, pourtant le plus gros événement sportif planétaire, était sur le point de débuter.

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Pas un panneau de la Fifa à l’horizon pour vendre sa poule aux œufs d’or, aucune devanture de magasin aux couleurs de la sélection américaine et pas un pélo avec les maillots US sur le dos. À croire qu’on s’était trompé d’endroit.

Los Angeles, imperméable à la folie du foot

Oh, il y a bien quelques maillots de la sélection mexicaine sur le dos de ceux qui vendent le café le long des trottoirs de la ville, dans les petites échoppes où la cumbia tourne à fond dès le lever du soleil, mais pour le reste, impossible de se dire que 24 heures plus tard à peine, les États-Unis entrent en lice, 32 ans après la dernière Coupe du monde organisée sur ces mêmes terres.

C’est donc armé de courage que nous nous sommes juré de sillonner cette ville de zinzin, qui s’étend à perte de vue, à la recherche des supporters perdus. Et où va-t-on dans ce cas, après avoir passé trois heures sous le cagnard californien pour récupérer notre accréditation ? À Hollywood, bien sûr ! Là où vont se terrer les touristes en quête de frissons, les yeux rivés sur le sol d’Hollywood Boulevard sur les traces des étoiles du cinéma américain. Mais là encore, choux blanc.

On met la main, difficilement, sur un père de famille en balade avec ses deux filles, liquette des USA sur les épaules. « Moi je suis excité parce que je suis d’origine équatorienne, mais les vrais Américains, le foot, vous savez… », nous dit-il dans un sourire presque gêné. Oui, on sait, on sait. Mais il semblait pourtant que le « soccer » avait fini par s’imposer au fil des décennies, même à pas de loups, avec une MLS qui remplit des stades et quelques transferts de stars du ballon rond venues se la couler douce en pré-retraite. Oui mais non.

Dans les États-Unis de Trump, le MMA est plus visible que la Coupe du monde de football. - Aymeric LE GALL

« Les Américains sont surtout fans de basket, de football américain ou de baseball. En plus en ce moment ce sont les finales NBA. Peut-être qu’une fois passé, les gens se mettront à suivre le Mondial », tente-t-il de se convaincre. En vain.

La plage, la mer (et toujours pas de fan de foot)

Croisé en train de tirer une latte sur son joint de marijuana, le cannabis étant légal dans cette région des États-Unis, Michael, 24 ans, nous tient le même discours. Venu à Los Angeles pour faire carrière dans le cinéma, ce sympathique jeune homme d’origine érythréenne nous invite à aller rôder du côté des plages de Venice Beach et de Santa Monica, là où les bars de sports pullulent avec leurs écrans géants allumés 24/24. « On ne sait jamais, avec un peu de chance », lâche-t-il plein d’espoir.

Mais en arrivant sur place, l’heure n’est toujours pas au soccer. Partout le même discours. « Ouais, je sais, c’est mort de chez mort, personne ne s’ambiance au sujet de la Coupe du monde », glisse un vendeur de jus de fruit qui se défend d’être comme ses incultes de concitoyens. « Moi j’adore le football ! Au Qatar j’étais pour la France, se justifie-t-il avant de frôler la correctionnel. Euh… Mbappé, il est bien Français, c’est ça ? » Oui, c’est ça…

Pour trouver trace d’un semblant d’euphorie, et encore, le mot est clairement surévalué, il faut se balader sur le célèbre ponton de Santa Monica, où quelques badauds, Mexicains pour la plupart, jettent un œil distrait au match Corée du Sud-République Tchèque. Mais ils ont beau essayer, le cœur n’y est pas.

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« Leur manque de passion, ça finit par me tuer »

Alors que nous rentrons, un brin déprimés malgré la beauté du paysage, océan pacifique en fond et marina de Santa Monica au premier plan, comme dans nos souvenirs d’ado à poncer GTA Vice City sur la Play, un miracle apparaît. Un terrain de foot avec des gamins qui tapent la balle. Ni une, ni deux, frein à main, parking et c’est parti pour voir ce qu’ils en pensent, eux, de ce Mondial dont tout le monde se fout. Manque de pot (décidément), les coachs locaux refusent l’accès aux inconnus. Par chance, plus loin, un coach francophone qui traînait par là nous prend en pitié et accepte de lâcher ses joueurs quelques minutes.

« La Coupe du monde ? Laisse tomber ce n’est pas du tout l’ambiance ici. Tu demandes aux enfants quel match il y avait aujourd’hui, ils ne sauront pas te répondre. Ici, il n’y a que les latinos qui aiment le foot. Moi j’habite le quartier, je n’ai même pas vu un panneau de l’équipe nationale ! C’est limite si les gens sont au courant qu’ils jouent demain soir (vendredi), c’est un truc de fou. » Arrivé aux États-Unis après avoir joué neuf ans en pro au Gabon, ce Franco-mauricien entraîne désormais les gosses de riches dans cette structure privée.

Son discours transpire la résignation. « C’est n’importe quoi le foot ici. Les parents qui ont plein de thunes nous laissent leurs enfants pour en faire le nouveau Messi alors qu’eux-mêmes ne comprennent rien à ce sport. Et pour jouer, si t’es pauvre, c’est mort, souffle-t-il. Chez nous, c’est 5.000 dollars par an pour la licence. Et sans les équipements ! Et après on s’étonne que les États-Unis ne sortent pas de Messi ou de Mbappé, mais tout le monde s’en fout de la formation… Il n’y a pas l’amour du football et moi ça finit par me tuer parce que le foot c’est toute ma vie. »

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