Avec les beaux jours, l'envie de se rafraîchir fait parfois vite oublier le risque. Sur les bords de mer, aux abords d'une piscine privée ou sur les berges d'une rivière, le danger n'est pourtant pas loin. Rien que ce week-end, les autorités ont recensé cinq noyades mortelles : deux baigneurs emportés par des courants de baïnes en Gironde, un ado de 17 ans dans la Seine, une femme dans un étang du Bas-Rhin ainsi qu'une autre victime dans une rivière des Hautes-Alpes. Ces épisodes, dont les circonstances diffèrent, laissent craindre le pire, alors que les premières chaleurs vont se poursuivre. Et que l'été n'a pas encore débuté.
Un constat alarmant
« On ne peut qu'être inquiet, soupire Axel Lamotte, porte-parole de la Fédération française des maîtres nageurs sauveteurs (FFMNS). Dire que nous ne sommes qu'en mai ! Malheureusement, on s'attend à avoir de plus en plus de noyades chaque année, au vu du réchauffement climatique et de la pénurie de professionnels ». Les autorités elles aussi, scrutent ces chiffres avec attention, après l'été 2025 marqué par un triste record de noyades. L'an dernier, d'après Santé publique France (SPF), 1 418 accidents de baignades ont eu lieu, entre le 1er juin et le 30 septembre, dont 409 suivis de décès, soit 16 % de plus qu'en 2024.
Une surveillance renforcée dès mai
Preuve que l'explosion des noyades inquiète, SPF démarre désormais sa période de surveillance dès le 1er mai. Trois bilans de situation seront même prévus pour l'été 2026. Un contrôle renforcé qui permettra « d'adapter les messages de prévention durant toute la saison », a indiqué l'agence.
« Aucune classe d'âge n'est épargnée par ces risques », rappelle Axel Lamotte. L'an dernier, 9 noyades sur 10 ont concerné les adultes. Toutefois, une hausse du nombre d'accidents suivis de décès a été observée chez les adolescents (13-17 ans) avec 21 décès en 2025, contre 10 en 2024. « Seules les jeunes femmes semblent les moins touchées par ces accidents, du fait d'une pratique à risque plus faible chez elles », pointe le maître nageur.
Les causes multiples des noyades
Du côté des plus petits, les noyades surviennent surtout après un manque de surveillance. Une piscine facilement accessible, un système d'alarme qui fait défaut, un relâchement temporaire de l'attention parentale, et la chute est vite arrivée. Pour les adultes, en revanche, surestimer ses capacités physiques, surtout en milieu naturel, serait plus commun qu'on ne le pense. Sauts spectaculaires dans la Seine, trempettes et plongeons dans des cours d'eau inadaptés : les pratiques à risques ne manquent pas pour tenter d'échapper à la chaleur.
Les gestes de prévention essentiels
« Il ne faut jamais présumer de ses forces, même si on est un bon nageur », insiste Agnès Ricard-Hibon, médecin urgentiste et porte-parole de la Société française de médecine d'urgence, qui rappelle la nécessité de « se baigner en étant toujours accompagné ». Autres réflexes à garder en tête : éviter les zones de baignade interdites, s'aventurer uniquement dans des espaces surveillés, longer la mer plutôt que prendre le large ou encore ne pas consommer d'alcool, au risque d'altérer ses capacités de réaction dans l'eau.
Un problème de santé publique
Au-delà de l'imprudence de certaines conduites individuelles, les noyades reflètent surtout un problème de santé publique, tuant près d'un millier de personnes par an. « Ces chiffres sont insupportables ! Ils nécessiteraient qu'on crée un délégué ministériel pour ce sujet, comme pour la sécurité routière », remarque Roxana Maracineanu, ex-championne du monde de natation et ancienne ministre des Sports. Pour freiner ces drames, l'urgence serait « d'initier le plus tôt possible les enfants à la natation et aux premiers secours », insiste celle qui avait lancé en 2019, son plan « Aisance Aquatique » pour les plus jeunes.
« Et cela ne veut pas dire, les blinder de bouées et de brassards quand ils débutent dans l'eau, ce serait contre-productif ! Il faut d'abord leur apprendre à flotter, pour qu'ils puissent se mettre en position de sécurité si besoin », développe-t-elle.
La pénurie de maîtres nageurs
Donner le goût de l'eau aux enfants, les aider à surmonter leurs phobies, ou encore leur apprendre les gestes qui sauvent ne s'improvise pas. Or, il manquerait 5 000 maîtres nageurs sauveteurs (MNS) en France, selon les fédérations professionnelles. Alors, le plus souvent, un plan B s'applique. « Ce sont les professeurs qui se retrouvent à enseigner en piscine, épaulés par des parents bénévoles qui n'arrivent parfois pas à nager 25 m », déplore Axel Lamotte.
Quelles solutions ?
Revaloriser la profession et l'inscrire sur la liste des métiers en tension serait une première étape, juge le porte-parole qui défend un « métier d'utilité publique ». « Plus vous formez de maîtres nageurs, plus vous apprenez aux autres à nager, moins vous aurez de noyades. C'est comme ça, qu'on casse le cercle infernal ». Alors que l'été n'a pas encore débuté, ce représentant de fédération appelle une nouvelle fois les pouvoirs publics à prendre ce sujet à bras-le-corps. « Il faut aller beaucoup plus vite si on veut éviter les morts ! ».



