Alors que le ministre de l'Éducation nationale avait promis une fermeté accrue sur l'orthographe au baccalauréat, les correcteurs de l'édition 2026 ont reçu des consignes qui contredisent ce discours. Selon plusieurs enseignants interrogés par Le Monde, les instructions officielles précisent que les fautes d'orthographe ne doivent pas être pénalisées dans les épreuves de français et d'histoire-géographie, sauf si elles nuisent gravement à la compréhension.
Un décalage entre le discours et la pratique
En mars dernier, le ministre avait annoncé que l'orthographe serait désormais notée sur 10 points dans les épreuves anticipées de français, suscitant l'émoi parmi les lycéens et les enseignants. Pourtant, les consignes de correction diffusées aux correcteurs en juin indiquent que la note d'orthographe ne doit pas dépasser 2 points sur 20, et qu'elle ne peut être utilisée pour faire échouer un candidat. Un correcteur de l'académie de Versailles témoigne : "On nous a dit de ne pas être trop sévères, de privilégier le fond sur la forme."
Des correcteurs divisés
Cette situation crée un malaise parmi les enseignants. Certains estiment que le ministre a cédé aux pressions des syndicats et des parents d'élèves, tandis que d'autres jugent la mesure réaliste. "Avec des classes de 35 élèves, on ne peut pas passer des heures à corriger l'orthographe", explique une professeure de lettres à Marseille. Les syndicats, de leur côté, dénoncent un "coup de communication" et réclament une clarification des consignes pour les prochaines sessions.
Des conséquences sur le niveau des élèves
Cette politique laxiste inquiète certains observateurs, qui pointent une baisse continue du niveau en orthographe. Selon une étude du ministère de l'Éducation nationale, le nombre moyen de fautes par copie est passé de 12 en 2000 à 18 en 2025. "Si on ne sanctionne pas les erreurs, on encourage la médiocrité", déplore un membre de l'Académie française. Le ministre, interrogé sur le sujet, a réaffirmé sa volonté de "trouver un équilibre entre exigence et bienveillance", sans préciser comment il comptait concilier ces deux objectifs.
Un appel à la cohérence
Face à ces contradictions, plusieurs associations de parents d'élèves demandent une réforme en profondeur de l'évaluation de l'orthographe. "Il faut que les consignes soient claires et appliquées uniformément sur tout le territoire", déclare la présidente de la Fédération des conseils de parents d'élèves. En attendant, les correcteurs du bac 2026 continueront de composer avec des instructions ambiguës, entre fermeté affichée et indulgence réelle.



